L'Algébriste Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Iain M. Banks
 
Nous sommes en 2043 et, si l'homme a conquis les étoiles, il n'est pas vraiment parvenu à se débarrasser de ses traits de caractère les plus charmants. Le dernier roman de Iain Banks prend place à la fin de ce qui semble avoir été une trop courte période de paix et au début d'une nouvelle guerre de religion sanglante. Les quelques allusions que Banks fait au passé de la race humaine ne nous parlent que de guerres et de génocides divers, rebellions, indépendances ou réunifications, et la guerre contre les machines intelligentes.
The Algebraist ne fait donc pas partie du cycle de la Culture, cette société intergalactique, hédoniste et bienfaisante, qui constituait l'arrière-plan de la plupart de ses romans d'anticipation. Cela pourra poser un problème aux lecteurs les plus enthousiastes de Banks qui comme moi passeront sans doute une partie de leur temps à chercher des indices de la présence de celle-ci ou peut-être simplement à espérer que, soudainement, un grand vaisseau au nom improbable se révèle au détour d'un soleil pour mettre fin aux massacres.
(Ce roman pourtant répond par défaut à une question que les fans de Banks - du moins ceux qui n'ont pas lu State of the Art - avaient pu se poser : la Culture n'est pas une société humaine, nous ne pouvons pas vraiment espérer atteindre un tel degré de civilisation.)
The Algebraist est l'histoire d'une quête. Fassin Taak est un Slow Seer, un spécialiste des Dwellers, une civilisation extra-terrestre mystérieuse presque aussi ancienne que l'univers dont les membres se retrouvent au sein de toutes les géantes gazeuses (pensez : Jupiter) de la galaxie. La quête de Taak est simple en apparence, la toute dernière aberration du caractère humain, Luseferous, et la guerre de religion qu'il a fomentée, se dirigent vers le système de Ulubis. Un seul espoir pour empêcher un massacre autrement inévitable : mettre la main sur le système de transport interstellaire instantané que les Dwellers sont censés posséder. D'une façon plus générale, ce système apparaît comme le seul espoir de toute la race humaine qui, divisée comme elle l'est à présent, ne semble pas avoir d'autre future qu'une suite sans fin de guerres de sécession et de réunification. Le problème est que Les Dwellers ne sont pas vraiment coopératifs : plus interessés par les chasses rituelles de leurs rejetons, leurs courses de vaisseaux antiques ou le déroulement de leurs guerres curieusement ludiques et formelles que par la survie de la race humaine. Ce qui est compréhensible après tout, quand votre espérance de vie se situe aux alentours du milliard d'années vous avez tendance à ne pas trop accorder d'importance aux créatures qui naissent, se reproduisent et tombent comme des mouches autour de vous!
La quête de Fassin Taak occasionnera alors des découvertes surprenantes : il devra remettre en cause beaucoup de ce qu'il croyait certain, au sujet des Dwellers bien sur mais aussi de l'histoire de la civilisation humaine.
Mettons-nous d'accord d'emblée : Iain Banks est toujours excellent. Certains de ses romans -surtout parmi ceux qui ne se rattachent pas à la SF- sont parfois moins excellents que d'autres mais même Dead Air ou Le Business seraient considérés comme des succès s'ils avaient été écrits par un auteur différent. D'autres, comme Use of Weapons ou Against a Dark Background resteront parmi les classiques du genre et The Algebraist fait sans aucun doute parti des meilleurs. Il contient tout ce qui a fait le succès de Banks, son sens de l'humour un peu surprenant et souvent cruel, sa capacité d'inventer des personnages ou même des civilisations entières qui demeurent longtemps dans l'esprit du lecteur, le réalisme et le rythme de ses scènes d'action, sa maîtrise des procédés narratifs qui lui permettent de mettre en place le cadre entier de son histoire sans jamais ni trop désorienter le lecteur, ni le faire bailler par de trop longues scènes d'exposition (pensez respectivement à L'Espace de la révélation ou Le Samouraï virtuel, deux romans pourtant excellents sous bien des rapports) et son amour des retournements de situation, de ces révélations finales où tout d'un coup nous comprenons que nous n'avions rien compris.
C'est un univers complexe et fascinant que celui que Banks met ici en place et beaucoup de questions demeurent sans réponse à la fin du roman ; si cela veut dire que l'auteur a plus ou moins définitivement abandonné l'univers de la Culture pour celui de la Mercatoria, il n'est pas sur que ses lecteurs aient rien perdu au change.
 
AS
Oh Oui ! vos réactions Ah Non !
Voir les autres textes de cet auteur - Envoyer ce texte à un ami
KaFkaïens Magazine - Tous droits réservés