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Après
cent pages, je me suis dit que cétait le bouquin le plus
chiant que javais jamais lu. Trois cents pages plus tard, pour
plagier Rénault, jai regretté que ça ne
le fut pas
Pourtant, outre des initiales prometteuses, Lawrence Norfolk a de
bons atouts. A la lecture du Dictionnaire de Lamprière, je
me suis dit que javais trouvé lUmberto Eco anglais.
Une immense culture, un goût certain pour la philosophie, la
volonté dinnover en littérature, ça fleurait
bon le Borges, miam ! En plus, un livre sur les sangliers ne pouvait
que plaire à un ardennais fier de lêtre !
Je me jette sur ce pavé tête baissée, tel le sanglier
qui charge. Dès les premières pages, des notes remplissent
les bas de page de références bibliographiques obscures,
souvent plus longues que le texte lui-même. Je me dit Cool !
Il cherche à écrémer les lecteurs, pour ne garder
que les plus intellos, ceux qui nen veulent. Ce côté
élitiste nétait pas pour me déplaire. Quant
au texte lui-même, on reconnaît le récit de la
chasse au sanglier de Calydon, un épisode de la quête
de la Toison dOr. Mais on se dit quand-même Bizarre, ce
texte ! Etrangement, à cause certainement dune surabondance
de détails inutiles et encombrants, on naccroche pas.
Cette progression sur les flancs de la montagne de Calydon, on mélange
les personnages entre eux, le rêve à la réalité
Et on commence à semmerder ferme. On ne voit pas où
il veut en venir, mais on lui laisse le bénéfice du
doute, on serre les dents, on avance : cinquante pages, cent pages,
on comprend toujours pas. Cent quarante quatre pages, on passe de
lantiquité grecque à Paris, fin du 20ème
siècle. On se dit quon va avoir droit à notre
explication, voire à des excuses pour ce quon a subi.
Petit à petit, tout séclaire : lhistoire
contemporaine fait écho à lenfance du personnage
principal qui fait elle-même écho à la chasse
mythique. Et là on comprend que Norfolk sest lancé
dans une expérimentation littéraire. Bon, je ne lui
jette pas la pierre, nous aussi on a fait des expériences plus
ou moins réussies dans latelier. Mais nous, au moins,
on fait ça sur deux ou trois pages, pas plus. On ne fait pas
subir quatre cent pages insipides à nos lecteurs. Linsupportable
dans ce bouquin, cest la prétention de son auteur. Il
oublie quun livre doit donner envie dêtre lu, même
si son auteur cherche surtout à samuser à faire
des analogies entre trois histoires sans aucun lien entre elles. La
construction est originale, soit, mais le génie est absent,
lhistoire est nulle, lexpérience ratée. |
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| LN |
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