Corlière II Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
Ca y est ! Ca a enfin pêté ! Après des mois de silence, la guerre a commencé. Dans mon article précédent j'expliquais que les historiens de la littérature allaient vouloir défendre leur chapelle. Je voyais aussi dans l'absence de contradicteur scientifique une validation de facto de la véracité de la démonstration.
Or, maintenant que la polémique est devenue publique, les choses se sont compliquées. Le front anti-Labbé attaque sur deux axes : l'axe scientifique qui cherche à démontrer les erreurs de la méthode et l'axe historique qui réfute les conclusions. Les deux axes s'appuient l'un sur l'autre, se citent mutuellement. Pour autant que je sache, M. Labbé se défend seul.
On assiste donc à un débat passionné où les insultes ne sont jamais loin (G. Forestier : "décidément, il [D. Labbé] ne sait pas lire" ; D. Labbé : "Après la bordée d'injures que vient de m'envoyer M. Viprey, je me vois mal lui écrire : 'Mon cher collègue, accordons nos violons et assurons-nous d'abord que nous travaillons bien sur les mêmes fichiers'"). On est bien loin de l'impartialité scientifique. Oui MM. Viprey et Labbé, assurez-vous bien d'abord que vous travaillez sur les mêmes fichiers sinon vos expérimentations respectives ne vaudront pas un sou !!!
La presse (Le Monde, Libération) fournit les tribunes mais l'Internet prouve encore une fois qu'ilest un moyen incomparable de polémiquer. Par l'intermédiaire de listes de diffusion (litor@univ-paris3.fr par exemple) on assiste en direct à la série des arguments et contre-arguments. L'internet offre la garantie que les citations sont exactes puisque les liens permettent à tout un chacun de consulter le texte original. Peu de temps perdu donc, et impossible de mystifier son lecteur avec une citation arrangée. Internet ferait vraiment avancer les débats s'il n'était pas si facile d'écrire sur Internet comme on parle. On arrive donc à la situation suivante : verba volent, scripta manent qu'ils disaient. Seulement, avec Internet, on écrit comme on parle, mais les traces restent. Donc, non seulement on s'engueule facilement, mais ces engueulades sont gravées dans le marbre de centaines de disques durs.

N'étant ni spécialiste des statistiques textuelles, ni historien de la littérature, je ne prendrai pas parti face aux différents arguments présentés.
La question historique m'intéressera moins ici que les arguments scientifiques. Historiquement, on ne peut que démontrer que les conclusions de M. Labbé sont soit fortement improbable, soit possibles. Mais jamais aucune réfutation scientifique concernant la méthode de calcul ne viendra des textes anciens. Quand bien même l'histoire prouverait que Molière a bien écrit toutes ses pièces, il n'en resterait pas moins qu'une expérimentation a produit des résultats troublants. A mystère scientifique, explication scientifique.
Il faut bien comprendre la complexité des analyses et la difficulté de leur interprétation. Imaginez-vous dans un espace à N dimensions (où N représente le nombre de mots, "lemmes" différents dans les oeuvres de deux auteurs, soit une dizaine de milliers de dimensions !). Pour N>3, on ne visualise plus l'espace, alors imaginez-vous dans une pièce. A différentes hauteurs et positions volent des mouches en stationnaire. Chaque mouche (que Corneille et Molière me pardonnent cette image), représente un texte. Rien que dans votre pièce à 3 dimensions, il y a une infinité de façons de séparer les mouches à l'aide, par exemple, d'une large planche de bois qui figure un plan.
Sauf erreur de méthode (M. Viprey cherche un contre-exemple), il semble bien que certains plans séparent bien les oeuvres des deux écrivains, alors que d'autres les regroupent différemment. Comment interpréter ces résultats ? Quel plan décrit les relations entre un auteur et son texte ? Cette question n'est pas encore tranchée. Peut-être nos scientifiques finiront-ils par démontrer que bien qu'écrits par des auteurs différents, certains textes présentent des similitudes trompeuses ?
Si la méthode se tient, les conclusions sont-elles erronnées ? La prudence scientifique a-t-elle été mise de côté ? Aujourd'hui, il est trop tôt pour se prononcer sur la méthode. Comme je l'écrivais, d'autres scientifiques doivent avoir reproduit une expérience pour la valider. Et la reproduire sur d'autres textes Or, faute de matière première, aucune étude n'a pu être menée sur d'autres écrivains du XVIIème siècle.
Les moyens informatiques ont tellement évolué ses dernières années que de nombreuses portes se sont ouvertes. Le moindre PC personnel a la puissance d'un supercalculateur d'il y a vingt ans. Nous disposons maintenant d'une infinité de données, de la puissance pour les traiter, et d'une infinité de façons de les corréler. Dans bien des domaines de la connaissance, s'offrent à nous de nouveaux liens, de nouvelles analogies, de nouvelles erreurs, de nouvelles énigmes, de nouveaux scoops.

 
LN
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