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L'enterrement fut misérable.
F. repose maintenant sous une dalle de marbre du cimetière
de S***.
Dans le vaste bureau d'un notaire réputé, vous êtes
huit, convoqués par télégramme. Le notaire
est un homme plutôt âgé, mais grand et
vigoureux. Il a l'air plutôt embarrassé par la situation.
"Hum... jai demandé à chacun d'entre
vous d'être ici ce matin pour la lecture des dernières
volontés de F.,... Je dois vous avertir que les
dispositions testamentaires ont été modifiés
par lettre le jour même du décès, mais la
lettre est sans aucun doute possible authentique. F. avait rédigé
un testament il y a quelques années et ses biens sont légués
dans leur totalité à l'Institut psychiatrique L***.
Le jour même de sa mort, F. m'a fait parvenir un paquet
contenant les dispositions à prendre, la liste de vos noms,
une lettre cachetée et un épais manuscrit de sa
main. J'avoue que je ne sais que penser de cette dernière
demande, mais là n'est pas mon rôle. Voici le manuscrit
-il pose sur la table, une liasse de feuilles dans une reliure
de cuir- et je dois maintenant vous lire cette lettre."
Le notaire se racle la gorge, ouvre lentement l'enveloppe cachetée
et commence sa lecture :
"Je n'en peux plus. Ils reviennent toutes les nuits. Je
les croyais amicaux, désintéressés, mais
ils n'ont pas d'ombre. J'ai tout écrit, cela me fascine,
il ne faut pas, non, il ne faut pas. Je ne suis pas fou, je l'ai
cru au début, mais ce serait trop rassurant de penser que
tout est issu de mon imagination. Soient-ils maudits, ils n'ont
pas d'ombre. Ils vivent dans nos rêves, ou plutôt
ce sont nos rêves qui les nourrissent. Ils n'ont pas de
nom, ils vivent dans de gigantesques cités de pierre, en
dehors du temps et de l'espace et ils attendent. Je suis épuisé,
il me faut mourir, je ne peux plus le supporter, j'ai tout écrit,
mais je n'ai fait que recopier dans notre langue ce qui était
déjà gravé sur des pierres sans âges
venues de la nuit des temps. Oh, cela me fascine, mais il faut
trouver la force pour que tout s'arrête. Je ne l'ai pas,
je vous confie cette tâche, vous êtes les seules personnes
que je connaisse, à part eux. Ils n'ont pas d'ombre. Ils
vont venir me prendre, ils attendent que je m'endorme. Il faut
tout détruire, détruire le manuscrit, il faut brûler
ces pages maudites, sinon, ils continueront à répandre
leur abomination dans les rêves des hommes. Ne lisez surtout
pas, sinon vous serez perdu comme moi. Ils reprennent chaque jour
davantage de forces. Ils n'ont pas d'ombre. Il faut tout brûler.
Faites que je meure. Si je meurs, je serai heureux. J'espère
seulement qu'il n'y a rien après, rien où ils ne
puissent me retrouver. Adieu, je dois mourir. Ne lisez pas. Brûlez
tout."
Le silence qui suit est des plus pénibles. Léa
semble terrorisée. Certains ont les larmes aux yeux, d'autres
n'ont dans le regard qu'une vague lueur de curiosité. Simon
Loupieux, le célèbre critique littéraire,
laisse échapper un petit gloussement de dédain...
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Le notaire reprit : "Vous
comprenez mes réticences. Manifestement, F. n'avait pas toutes ses
capacités mentales quant il a rédigé cette lettre. Mais ce manuscrit
vient s'ajouter à la succession et selon les dernières dispositions
prises par mon client, vous en êtes tous les huit collectivement
les propriétaires. Etant donné sa demande, celle de brûler ce texte,
mais aussi qu'il n'a pas jugé bon de le faire lui-même, il vous
appartient de déterminer ce qui doit en advenir." |
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Docteur Portier-Angreï
: Je ne peux laisser dire ça de ce pauvre garçon :
"Excusez-moi, mais je suis... j'étais son médecin et F. n'était
pas fou... angoissé, torturé, peut-être mais rien ne permet de dire
qu'il était fou... Je n'explique pas tout dans son décès, mais je
suis sûr qu'il n'était pas fou..." |
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Le notaire ne put s’empêcher
d’esquisser un petit sourire en remarquant le désarroi visible du
médecin. Il contrastait avec l’agacement à peine dissimulé de Jérôme
Santier, le cousin du défunt. Léa Bronkowicz, qu’il soupçonnait
d’avoir été l’amante de F. était prostrée dans son fauteuil et n’osait
visiblement pas jeter un coup d’œil à la reliure de cuir foncée
posée sur la table. |
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Simon Loupieux (vagabond)
: Mais qu'est-ce que je fous avec cet aréopage de cinglé ? Je n'aurais
jamais dû accepter de venir... A quoi pouvais s'attendre F. ? A
ce que je publie son manuscrit, sans doute... et cette lettre aurait
dû me mettre l'eau à la bouche. Une stratégie désespérée ou lamentable...
Enfin, connaissant le quidam, ça doit être pathétique. Mais qui
sait... Je pourrais peut-être y voler une bonne idée mal exploitée
pour mes futurs succès.
"Si vous êtes tous d'accord, j'accepte de prendre possession du
manuscrit. Si F. m'a fait convoquer, c'est probablement pour que
je juge des qualités littéraires de l'ouvrage et qu'éventuellement,
j'en assure la publication à titre posthume. Je ne crois pas qu'il
faille prendre cette dernière lettre à son pied : au contraire,
j'y vois comme une demande. Oui, une requête. Tout à fait le style
de F." |
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Anne-Marie Dirieux
: Lui ! Il ose réclamer le dernier texte de F. !
"Je vous en prie, monsieur Loupieux... Je me demande bien ce qui
est passé par la tête de F. pour qu'il vous fasse venir ici, mais
vous n'avez en aucune sorte le droit de faire cela. Quant à vos
jugements sur les qualités littéraires de F. nous avons déjà vu
par le passé ce qu'ils valaient, il vaudrait mieux que vous cessiez
d'importuner la mémoire de mon élève" |
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Simon Loupieux (vagabond)
: Hum, il semblerait que je ne sois pas en odeur de sainteté...
"Dans ce cas, maître, pourrions-nous chacun en avoir copie ?"
Qui est cette femme, son professeur ? "Je regrette, madame, que
vous ayez une si piètre opinion de moi. Certes, je ne peux nier
avoir produit une critique plutôt négative du texte qu'avait publié
F. dans cette petite revue... Mais si j'ai été sévère sur de nombreux
points, vous n'avez certainement pas oublié les compliments que
j'ai formulé quant à son sens de la phrase, la justesse de ses images"
Il fallait bien sauver quelque chose... "Même alors, j'estimais
F. capable du meilleur. Je n'ai rien lu de lui depuis : peut-être
a-t-il réussi entre temps a trouver ce petit quelque chose qui manquait
à sa plume"
Une pointe un peu moins émoussée sans doute... Pourquoi ai-je si
envie de lire son manuscrit dans ce cas ? "Vous me connaissez, mais
je crains que ce ne soit pas réciproque. Vous avez laissé entendre
que F. était votre élève ?" |
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Jérôme : Je vous
demande pardon, Maître, mais à moins de me tromper, je suis ici
le seul membre de la famille de F. N'est-ce pas à moi que doit revenir
ce manuscrit plutôt qu'à ses amis, si toutefois les personnes ici
présentes étaient bien ses amis? |
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Le Notaire se tourna d'un
bloc vers Jérôme Santier.
"Je vous présente toutes mes excuses, j'aurai dû vous présenter
les uns aux autres avant de commencer. Je suis navré. Tout le monde
aura ici compris que Monsieur Santier est le cousin de F. Je vois
également que certains d'entre vous ont reconnu Monsieur Loupieux
qui est écrivain et critique littéraire. Le docteur Portier-Angreï
fut comme il nous l'a dit le médecin de F., mais également le propriétaire
de son logement. Monsieur Le Kervedec est... astrologue, si je ne
m'abuse et a entretenu une correspondance avec F. Le Professeur
Dirieux est membre du Collège de France et occupe la chaire de Philologie
de l'Ecole des Hautes Etudes. Madame Lumigne gère un... établissement
que fréquentait F. et a noué avec lui des relations amicales. Enfin,
Mademoiselle Bronkowicz et Monsieur Blake sont les plus proches
amis de F.
Les présentations étant faites, je me dois de vous rappeler, Monsieur
Santier, que F. a souhaité que vous soyez collectivement dépositaires
de ce manuscrit. Il n'y a pas à revenir là-dessus. |
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Le Kervedec : Hmm...
Sait-on jamais. Je n'ai pas un souvenir précis de notre correspondance,
mais si le manuscrit valait quelque chose, je pourrais peut-être
réclamer une partie des droits d'auteurs. D'un autre côté il m'y
met peut-être en cause...
"Pour moi, je refuse de prendre une décision sans avoir pris connaissance
du manuscrit. Monsieur Loupieux a beau être une autorité littéraire
-même si, apparemment, il ne fait pas l'unanimité- je pense être
le spécialiste de cette... assemblée pour ce qui concerne le contenu.
En tout cas, c'est en cette qualité que F. s'était adressé à moi.
Je vous propose donc, cher maître, de me le confier, et je vous
remettrai mes conclusions d'ici... disons d'ici trois jours." |
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Simon Loupieux (v.)
: Hum... si tout le monde réclame ce maudit manuscrit - dans tous
les sens du termes, à en croire F., nous ne sommes pas prêts de
sortir de ce bureau...
"Bien, il apparaît clairement que nous avons tous de bonnes raisons
de vouloir consulter ce manuscrit. Pourquoi ne nous quitterions
nous pas avec chacun une copie, pour nous retrouver ici-même, mettons
dans une semaine, pour discuter du sort à lui réserver ? Publication,
incinération ou autre, entendu que nul n'entreprendra de l'exploiter
sans le consentement des sept autres. Qu'en pensez-vous ?" |
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Léa : "Jamais ! Vous
êtes sourds ou quoi ? Vous avez entendu ce que dit F.; il avait
peur, il me l'avait dit : il ne faut pas lire ce manuscrit. Il vous
le demande ! Il faut tout brûler pour que cela s'arrête..."
... et que s'arrêtent ces maudits rêves. |
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Blake : My God, she
looks so upset.
"Pardon, je ne parle pas très bien votre langue, mais je crois que
nous devons considérer la dernière volonté de notre malheureux ami...
il nous demande de brûler ce livre, pourquoi hésiter ?"
And for God's sake, these crooks have no respect. |
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Simon Loupieux (v.)
: "Parce que F. aurait pu le brûler lui-même, parce qu'il ne faut
pas huit personnes pour allumer un feu... Voyons, croyez-vous vraiment
que F. avait besoin de tous nous réunir pour détruire une liasse
de feuilles ? Pas besoin d'être marabout - sauf votre respect, Monsieur
Kervedec, pour comprendre que F. souhaitait au contraire que nous
lisions tous son manuscrit"
Et finissons en rapidement, que je puisse être rentré à Paris pour
vingt heures. |
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Marie-Thérèse (Zenda)
: " Si je peux me permettre ? "
"Mais enfin, je ne sais pas, pourquoi faites-vous tant de salamalecs
? F. nous a donné ce manuscrit pour que nous le gardions et que
nous le lisions. Ses avertissements sont destinés à nous prévenir
de l'étrangeté de ce que nous y lirons ; mais, sauf votre respect
Mesdames, nous faisons preuve jusqu'à présent de plus de timidité
et de pusillanimité que les visiteurs de mon établissement..."
Je vois que les esprits s'offusquent de mes paroles... bien que
le visage de ces messieurs trahissent qu'ils connaissent cette timidité
des hommes pris par la volonté d'assouvir leurs instincts...
"Monsieur le Notaire, puis-je ouvrir ce livre, que nous voyons tous
ce qu'il contient ?" |
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Le Kervedec : "Oui,
Madame a bien raison, ne soyons pas si timides !"
Il faudra que je pense à demander à cette dame l'adresse de son
établissement...
" Voilà ce je vous propose : vous n'ignorez pas que les arts occultes
n'ont pas de secrets pour moi. Même les sceptiques parmi vous reconnaîtront
que je suis le plus indiqué pour nous protéger des maléfices de
ce livre, s'ils existent... non, non, ne m'interrompez-pas... F.
y fait allusion, et nous ne sommes pas réunis ici aujourd'hui pour
contester ses dires mais pour répondre à son appel, excellement
transmis par notre ami notaire ici présent. Laissez-moi vous protéger
par quelques charmes et nous jugerons du contenu de ce livre !"
" Léa, voulez-vous m'assister ?" |
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Anne-Marie Dirieux
: "Ah ça, Monsieur, je connaissais votre réputation, mais je ne
pensais pas qu'elle était si peu usurpée ! Arrêtez vos fariboles,
laissez les mânes de F. en paix, laissez-nous juger du contenu du
livre sans le prisme navrant de vos contes à dormir debout ! "
...je me demande ce que F. craignait dans ce manuscrit et surtout
pourquoi il voulait qu'on le détruise. Ce que F. a écrit mérite
de lui survivre. Est-ce donc qu'il aie jugé cette dernière oeuvre
complètement insuffisante ? Je ne peux le croire. Je dois faire
un effort pour comprendre très rapidement la teneur de ces écrits
et orienter la décision que nous prendrons vers la conservation
dans les fonds de l'université. Il va falloir se méfier des tentations
marchandes...
" Allons, il y a peut-être dans ce manuscrit, n'en déplaise à Monsieur
Loupieux, un texte qui appartient de droit au patrimoine de l'humanité.
Lisons-le ! "
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Simon Loupieux (v.)
: "Bah, la Bible appartient sans doute au patrimoine de l'humanité,
elle n'en reste pas moins le plus gros succès d'édition qu'on ait
connu" |
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Léa : "Vous êtes
tous fous ! Vous ne m'écoutez pas ! Vous n'écoutez pas F... ! Vous
ne pensez qu'à vos petits intérêts, à vos petits calculs ! Un succès
d'édition? Vous ne savez pas... Vous ne savez pas à qui vous vous
êtes en train de vendre votre âme ! Non ! Non ! Cela ne sera pas
! Plutôt... Plutôt... ! Ah !" |
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Elle se dresse brusquement,
s'empare du portefeuille dans lequel se trouve le manuscrit et se
précipite vers la porte. Elle cherche un court instant la poignée
: il n'y en a pas. La porte s'ouvre visiblement grâce à un système
électrique commandé depuis le bureau du notaire. Celui-ci est resté
calme, assis sur son large fauteuil de cuir. Il a l'air ennuyé de
ceux qui ont vu plusieurs fois de recommandables personnes se couvrir
de ridicule devant son bureau.
"Mademoiselle Bronkowicz, je vous prie de rester calme et de vous
rasseoir. Je vous demande à tous de conserver votre calme. Je n'aime
pas faire usage de l'autorité que me confère ma fonction mais je
n'ai jamais hésité à le faire." |
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Marie-Thérèse : Non,
mais il se prend pour qui, lui ?
"Dites-donc le Notaire, même si la petite est bien cavalière de
vouloir s'en aller comme ça, c'est pas la Santé ici quand même...
Alors regardons une bonne fois pour toute si il y a quelque chose
de caché dans ces feuilles..."
M'étonnerais qu'elle s'agite comme ça pour un livre, F. a dû planquer
quelque chose dans la reliure. |
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Jérôme : Ca peut
pas être qu'un tas de feuilles, la fille est au courant, y'a autre
chose.
"Elle a raison, ouvrez tout ça et qu'on en finisse." |
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Le Notaire hoche la tête
d'un mouvement sec et tend la main vers Léa qui, comme privée de
toute volonté, lui remet l'épaisse pochette de cuir. Au moment où
le Notaire défait les deux cordons de tissu qui ferme la couverture,
John Blake pousse un gémissement étouffé et détourne le regard.
L'atmosphère de la pièce change. Tout semble soudain quelque peu
estompé, diffus, pourtant les couleurs et les ombres paraissent
davantage contrastées. Le maroquin de cuir s'ouvre, le notaire détache
la première feuille, la regarde un instant et la tend au Docteur
Portier-Angreï. |
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Docteur Portier-Angreï
(Zenda) : Voyons voir ce que contient ce manuscrit qui déjà nous
divise...
" Voyons voir... ah mais laissez-moi de la place, enfin..."
... j'espère que F. ne met en doute ni la qualité de mes soins,
ni l'affection que je lui portais...
"...donc je vais déchiffrer le début du texte et le lire à haute
voix... non mademoiselle ? pas à haute voix ? Pourquoi ? Très bien,
laissez-moi en prendre connaissance..."
Sous la lumière infecte qui tombait des nuages, les murs cyclopéens
condamnaient l'horizon ; je marchais comme en songe vers le centre
sans nom. Mes pas sans résonance s'engluaient dans leur vol, tandis
que l'ombre de mon corps s'allongeait sur le sol... qu'est ce que
cela ??!! Mon rêve, mon rêve de la semaine dernière... ils me regardent
tous, je dois dire quelque chose...
" C'est très étrange, vraiment... car vous voyez..."
Comment leur dire ? Comment expliquer qu'il s'agit de ce cauchemar
qui m'a poursuivi tandis que j'assistais à l'agonie de ce pauvre
F. ? Ces murs sans fin, ce but sans nom, cette ombre déformée !
"...il s'agit d'un rêve, d'un rêve que j'ai fait... ah, ne criez
pas Léa ! Un rêve, oui parfaitement, j'en revois les détails dans
ce texte de F."
...plus que les détails ! C'est horrible, cette sensation d'impuissance
glacée qui m'étreint, je retrouve dans ce texte mon cauchemar. Mais
qu'est ce donc que ce texte, bon sang !
" Ah, je n'en puis plus, lisez vous-même !" |
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Marie-Thérèse : Il
a pas l'air dans son assiette, le toubib.
"C'est bizarre, son histoire de cauchemar, ça me rappelle cette
petite rousse, May Year, qui travaillait chez moi et que F. avait
prit en affection. Le soir, entre deux cl... quand elle avait un
moment de libre, il lui racontait je ne sais quelles histoires...
Et puis une nuit, alors qu'elle... s'occupait d'un de nos vieux
habitués (il avait eu un léger malaise et elle était partie l'allonger
dans une des chambres à l'étage) on l'a entendue pousser un cri
qui a fait sursauter tout le monde. Quand je suis arrivée dans la
chambre, elle était toute pâle, dressée devant le lit et elle menaçait
son... notre client avec un chandelier. Elle hurlait "Je l'ai vu
! Je l'ai vu ! Un truc, un machin, comme dans l'histoire de monsieur
F. !" Je n'ai jamais pu la faire retravailler après ça. J'ai dû
m'en séparer. Elle ne m'a jamais vraiment donné d'explications,
mais elle m'a dit qu'elle avait comme qui dirait "rêvé" une des
histoires de F. Le "rêve" était tellement réaliste qu'elle s'était
affolée. F. n'a jamais voulu me dire ce qu'il avait bien pu raconter
à May Year la rousse." |
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Jérôme : Qu'est-ce
que c'est que ces contes de bonnes femmes ? Ah, il avait de fameuses
fréquentations, le cousin ! Une voleuse qui joue les hystériques
pour mettre la main sur le butin, un docteur qui a besoin de se
faire soigner, et maintenant une... une dégénérée, une débauchée,
une harpie !
"Ecoutez, madame, je ne sais pas bien ce que vous faites dans la
vie de mon cousin et DE GRACE je ne veux pas le savoir. Mais vos
affabulations n'intéressent personne. Il s'agit d'un simple livre,
d'un manuscrit. Donnons-le à examiner à monsieur Loupieux, puisqu'il
est apparemment dans la profession, et s'il est valable, publions-le.
Quant à moi, je garderai le portefeuille de cuir, si vous voulez
bien. C'est un objet de famille."
Curieux cette lumière dans la pièce tout à coup. Le temps va encore
tourner à l'orage. Bon pour les affaires, ça...
Et il pose la main sur le portefeuille |
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Blake : What the
Hell is he talking about ? What the fuss ? I had those dreams too,
if I remember. Gosh.
F. told me about the shadows and the walls and I thought his words
made those nightmares happen.
Dreams, nightmares... everybody is talking about dreams. I must
read what F. wrote...
"Puis-je voir, s'il vous plaît, ce texte, please..." |
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Simon Loupieux (v.)
: J'ai une petite notoriété, mais tout de même... Une caméra cachée
? Un canular ? Non, je ne fais pas un bon client. Je commence à
mieux comprendre le leg de F. à son hôpital psychiatrique... Du
reste, qui sait si tout ces gens n'en sortent pas non plus... Brrr,
je commence à me sentir mal à l'aise. Il n'y a que ce Santier qui
ait l'air d'avoir les pieds sur terre. Pas étonnant, avec sa tête
de cul-terreux. |
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Mais le Notaire est en train
de lire silencieusement une page du texte de F. qu'il a prise au
hasard dans la liasse.
Puis il lève les yeux vers Jérôme Santier :
"C'est vous... ça parle de vous... comment avez-vous pu faire cela
?... c'était votre fille, n'est-ce pas ?... vous pâlissez... ça
parle de vous... et vous êtes un monstre !"
Le Notaire crie presque, il a l'air bouleversé. Quant à Jérôme,
il paraît soudain cent ans de plus. |
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Jérôme (Zenda) :
Comment ? Comment a-t-il pu savoir ? Mon Dieu ! Mon Dieu pardonnez-moi
!
" Je ne vois pas, Monsieur, ce que vous voulez dire. Non. Ne parlez
pas de... F. ne m'était rien, ce qu'il a pu inventer ou écrire,
Mon Dieu je ne sais pas... s'il vous plaît ! Arrêtez de me regarder
comme cela ! "
...mais que savent-ils ? Comment a-t-il pu savoir ? Félicia, mon
Dieu ! Félicia pardonne-moi...
"...Arrêtez je vous en prie ! Arrêtez de me regarder ! "
Félicia, l'ombre de Félicia est sur moi... je suis damné...
" Arrêtez !"
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Simon Loupieux (JPS)
: Mais j'y pense, n'y aurait-il pas dans la nouvelle que F. a écrite
il y a un an un rapport quelconque avec ce testament ?
Il fouille dans sa serviette pour retrouver le document. |
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Jérôme (jps) : "C'est
curieux cette impression de chaleur que peut dégager ce cuir" se
dit-il en lui-même au moment où il mettait la main sur le portefeuille.
Puis à Léa "Comment avez vous réussit à soulever ce document Mademoiselle.
J'ai peine à l'arracher à ce bureau. C'est comme si je ne devait
pas l'ouvrir. Y aurait-il pas de la sorcellerie dans tout cela?
Mais soyons raisonnable maître, mon oncle vous aurai-t-il communiqué
d'autres instructions comme une mise en scène par exemple nous conduisant
tous vers une messe noire? Vous connaissez mes opinions sur ce sujet.
Je ne tolérerai pas de participer d'une manière ou d'une autre à
une rencontre avec des esprits. Notre famille a bien de la peine
à oublier la vie dissolue de l' oncle F. pour vendre son âme aujourd'hui.
D'ailleurs je ne crois pas à la valeur de ce manuscrit aussi je
vous prie de bien vouloir noter mon refus à poursuivre cette réunion.
Je vous prie de bien vouloir m'ouvrir cette porte dit-il en se levant.
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L'assemblée reste hébétée.
Jérôme est debout, il est très agité et ne semble plus en état de
contrôler ses nerfs.
Le Notaire semble incapable de s'arrêter : il prend une nouvelle
feuille au hasard dans la liasse. Une odeur de décomposition s'immisce
lentement dans l'air du bureau.
"Qu'ai-je là ? - il semble apprécier la situation comme un procureur
qui découvrirait d'irréfutables preuves contre tous les accusés
du monde. Il regarde un autre feuillet puis un autre, des mots se
devinent sur ses lèvres mais il ne les prononce pas.
- Tous, j'ai bien l'impression que vous y êtes tous... "
Simon Loupieux vient de tirer de son cartable un exemplaire de la
revue qui avait publié la nouvelle de F. et qu'il avait etrillé
dans une critique féroce quelques années auparavant. Ce texte a
pour titre "Celui qui attend dans l'ombre" et dégage une impression
d'horreur grotesque.
Jérôme semble à bout, il fait quelques pas vers la large fenêtre,
marmonne quelques mots et tombe à genoux.
Il semble soudain que le chaos s'empare de la pièce. |
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Marie-Thérèse (Zenda)
: ... je me demande ce que je viens faire dans cette histoire...
" Et moi, Monsieur le notaire, qu'ai-je donc à voir avec histoire
? F. parle-t-il de moi dans ce manuscrit ? Je n'ai rien à me reprocher,
moi !"
Sauf peut-être la petite qui m'a claqué entre les doigts à force
de dépériri sous les clients avinés ou bien encore celle que cet
enragé londonien a éventré avant de s'enfuir et de disparaître...
mais je n'étais pas responsable... qu'est ce que F. a pu bien écrire
sur moi...quel ingrat, moi qui l'ai choyé... offert mes plus belles
petites...
"Eh bien, vous ne dites rien, dites-moi ! dites-moi ! " |
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Léa : " F. nous regarde
par delà les limbes et nous voit pris de folie. De folie ! Ne voyez-vous
pas que ce livre nous mènera à notre perte ? Mais brûlons-le, je
vous en conjure, brûlons-le ! "
...fous, ils sont tous fous, laissez ce livre nous gagner insidieusement
et mettre à jour la substance de nos rêves... F. me l'avait dit,
F. me l'avait soufflé...
"Laissez ce livre, je vous dis, laissez-le avant que nous ne mourrions
tous !"
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Blake : "A la fin,
allez-vous tous vous taire ? Qu'avons nous à craindre d'autres que
nos esprits superstitieux ? Shut up, taisez-vous , taisez-vous !!
F. ne nous aurait pas ainsi plongé dans la douleur ! Vous manquez
de respect à son âme ! "
...mais que croient-ils donc ? Ils lisent trois lignes des derniers
mots de F. et cela suffit à les impressionner jusqu'à croire les
divagations d'un esprit égaré par sa fin proche... comment F. aurait-il
pu connaître nos rêves ?
"Maître, je vous en conjure, reprenons nos esprits. Me permettez-vous
d'examiner l'ouvrage ?"
...je dois voir si mes cauchemars sont là, dans le texte de F.... |
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Docteur Portier-Angreï
: Il s'est penché sur Jérôme qui reste prostré près de la fenêtre
"Maître, monsieur Santier ne va pas bien du tout. Son pouls est
très irrégulier, il semble avoir des difficultés à respirer... C'est
une attaque nerveuse. Il faut lui administrer un calmant très rapidement
ou ça pourrait dégénérer en accident cardiaque. J'ai besoin de ma
trousse qui se trouve dans mon véhicule ! Si vous voulez bien déverrouiller
la porte, s'il vous plaît".
Il faut que je sorte d'ici, l'atmosphère est irrespirable. |
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L'air est âcre et lourd.
La fenêtre paraît comme voilée. Les parties obscures de la vaste
pièce semblent s'étendre peu à peu. Le Notaire fait un geste vers
le bouton-pressoir qui ouvre la porte de son bureau. Mais au même
moment, Marie-Thérèse Lumigne qui depuis quelques minutes semblait
perdue dans ses pensées, se lève d'un bond en hurlant des mots incompréhensibles
:
"Ygnaiih... ygnaiih... thflthkh 'ngha..."
Elle semble prise d'une crise de folie si intense qu'il n'est pas
trop de trois hommes pour la maintenir au sol. Elle tient alors
un long discours dans une langue archaïque puis paraît se calmer.
John Blake et Maurice-André Le Kervedec se relèvent alors : Marie-thérèse
Lumigne est morte, étendue sur le sol. |
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Docteur Portier-Angreï
: "Elle est morte; sans doute une crise cardiaque... non, je ne
sais pas, je ne sais vraiment pas... je n'ai jamais vu ça de ma
vie... Quelqu'un a t-il compris ce qu'elle a voulu dire ? |
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Anne-Marie Dirieux
: Mon Dieu, ce n'est pas possible... La langue des Anciens !
"non, personne ne sait ce qu'elle a dit, la seule chose dont vous
pouvez être sûr, c'est qu'elle a utilisé une langue perdue depuis
des milliers d'années, une langue que nous autres érudits rencontrons
quelquefois sur d'indatables artefacts ou sur quelques vestiges
cyclopéens. Nous savons lire cette langue à haute voix mais nous
n'avons aucune idée de la signification de ce que nous lisons. Je
ne l'aurais pas entendu de mes propres oreilles, je ne pourrais
le croire..."
et cette pauvre femme... F., qu'as-tu fais ? |
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Simon Loupieux (Yog-Ourt)
: "Maître ! Ouvrez cette maudite porte et quittons cet endroit,
je vous en supplie !" |
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Le Notaire, sans montrer
la moindre panique malgré le cadavre étendu devant sa cheminée,
appuie fermement sur le bouton de cuivre qui commande l'ouverture
de la porte de son bureau. Celle-ci reste hermétiquement close.
"Je ne comprends pas, il y a doit y avoir un court-circuit..." |
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Simon Loupieux :
"Ce n'est pas possible ! Appellez immédiatement votre secrétaire
ou téléphonez à la police." |
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"Je suis navré, ma secrétaire
est à l'étage inférieur et je mets un point d'honneur à ne pas avoir
de poste téléphonique dans mon bureau pour ne pas être dérangé quand
je suis avec des clients. Mais il y a normalement une sécurité qui
empêche la porte de se bloquer. "
Le Notaire reprend sa respiration :
"J'ai bien peur que nous ne soyons coincés ici." |
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Léa : ...Très bien.
Nous y voilà. La mort rôde déjà, nos rêves ont pris cette pauvre
femme. Elle a couru dans la cité entre les murs sans fin et a découvert
le but ; elle en est est morte. Morte de peur, prise d'une transe
ancienne. Je me demande ce que F. voyait. Quels sont les êtres sans
ombre. Sans ombre. Ce doit être des êtres qui ne voient jamais le
soleil, des cloportes, des vermines. Bien dans le style de F....
"Ecoutez-moi ! Laissons-là reposer, nous ne pouvons plus rien pour
elle. Nous devons nous sauver. Ecoutez la voix de F. Rappelez-vous
sa mise en garde. Il y a parmi nous quelqu'un qui est manipulé par
les êtres sans ombre : enfermés ici, aucun de nous n'a une ombre.
Maître, quelle lumière de votre bureau serait assez puissante pour
projeter nos ombres à tous ? "
"Laissez-moi essayer de démasquer celui d'entre nous qui n'est pas
véritablement humain !" |
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Le Kervedec : ...ca
y est, la greluche a ses vapeurs ; des êtres sans ombre, elle croit
les fariboles de ce taré de F. La taulière est morte d'une crise
cardiaque ou d'usure, je ne sais pas. Mais le climat ici confine
à l'hystérie. Il faut que je prenne le contrôle...
" Oui, nous devons nous unir pour combattre les forces du mal. Ayez
confiance en moi qui me suis déjà battu contre les manifestations
les plus étranges du monde d'en-dessous et contre ceux qui n'ont
pas d'ombre. Nous devons essayer ensemble de sortir de cette pièce
au plus vite. Monsieur Blake, m'aiderez-vous à défoncer cette porte
avec le bureau ou avec une chaise ?" |
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Docteur Portier-Angreï
(jef) : "Je serais bien partisan de cette solution si ce n'étaient
les échecs que nous avons déjà subis pour ouvrir cette porte."
"Ah que cette odeur est immonde! Maitre me serait-il possible de
relire la page sur laquelle figurait mon rêve raconté par F. ?" |
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Blake : ...what a
liar and a dangerous crook. He doesn't seem to understand what is
going on here...
" Monsieur, I don't think...je ne crois pas que monsieur le notaire
apprécie que nous détruisions son fourniture. Je crois plutôt que
vos dons devraient nous permettre de résoudre le problème posé par
mademoiselle Léa. F. savait quoi il parlait à propos, et nous avons
tous ici rêvé... oui, please don't deny, ne niez pas... vos rêves
ou vos actes sont dans le manuscrit de F..."
...everybody has to tell about his own fears and nightmares written
down by F... that way we should understand plainly... |
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Anne-Marie Dirieux
: " Oui, nos rêves et nos actes. Monsieur Santier devrait peut-être
nous expliquer qui est Félicia ? Cela nous regarde si F. l'a mentionnée
dans un texte qu'il nous a légué... Nous devrions tous faire de
même. Docteur, expliquez-nous donc ce rêve qui vous a tant troublé
avant de relire le feuillet de F. " |
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Le Notaire paraît dépassé
par les événements.
"Ecoutez-moi tous, et vous Mademoiselle Bronkowicz en particulier,
il n'y a aucune raison que l'un d'entre nous soit manipulé par des
démons ou je ne sais quoi... Je vous demande de rester raisonnable.
Madame Lumigne, Dieu aie son âme, devait sans doute avoir des problèmes
dont nous n'avons aucune idée et elle a succombé à un accès d'angoisse
ou de folie déclenché par la présente situation mais qui avait ses
racines bien au-delà de cette pièce... Quant à ma porte, Monsieur
Le Kervedec, elle est blindée et je doute fort qu'on puisse en venir
à bout de cette façon. Je ne doute pas un seul instant que quelqu'un
va rapidement se rendre compte dans mon immeuble de notre situation
et alerter les secours. Je suis tout aussi troublé que vous des
révélations que contiennent les délires de F., mais je vous adjure
de rester calme. Monsieur Santier... -il se tourne vers l'homme
qui est toujours agenouillé vers la fenêtre et marmonne des prières
incohérentes- je crois que Monsieur Santier nous a quitté d'une
certaine façon et sans vouloir trahir un quelconque secret, je peux
vous dire qu'il a sur la conscience un ignoble crime, le pire qu'un
père puisse commettre. Je ne crois pas qu'il serve à grand chose
de revenir là-dessus, cela ne regarde que cet homme et sa conscience,
et il a l'air de le payer assez chèrement." |
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Il reprend son souffle,
guette l'assentiment des six personnes devant lui, ne rencontre
que des regards hostiles ou désemparés.
"Il nous faut garder notre calme, je ne sais pas si c'est une bonne
idée de lire davantage ce manuscrit, cela me semble... obscène..." |
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Docteur Portier-Angreï
(Zenda) : "Ah, vous avez raison Madame, je vais vous décrire mon
rêve. Mieux vaut ne pas relire le manuscrit...car j'y ai retrouvé
ce cauchemar où je marchais sans fin entre des murs immenses à la
recherche de je ne sais quoi. Sous mes pieds qui battaient le sol,
mon ombre s'étirait jusqu'à se dissocier de mon corps et à s'évanouir
en fumerolles ; rien que d'y penser..."
...rien que d'y penser je sens mes jambes battre la terre battue
et les pavés disjoints de ces rues sans fin...c'est horrible cette
sensation...
"...j'ai l'impression de le revivre, et de retourner à nouveau à
la recherche de cette angoisse indéfinissable et effrayante..."
...terrifiante, oui, je sens encore cette terreur qui m'attends
au centre des murs, cachée, sans nom...ah c'est trop, trop difficile
de se souvenir...
"...ah c'est trop dur, je vous en prie, je vois les murs, et la
chose qui...la chose !" |
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Léa : " La chose
innommable ! J'ai le même rêve depuis des semaines ! Monsieur le
Notaire, les êtres sans ombre sont parmi nous, j'en suis sûre !
Nous devons entrer dans la lumière..."
...peut-être est-ce lui le maître des ombres, pourquoi ne veut-il
pas illuminer cette pièce. Je pourrais peut-être lancer une chaise
à travers la fenêtre, si mes forces me le permettent...
"Maître, laissez-nous entrer dans la lumière, je vous en conjure
; entrez dans la lumière avec nous...si vous le pouvez !" |
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Anne-Marie Dirieux
: "Mon très cher maître, vous me paraissez bien sûr de vous. Vous
nous dites qu'il n'y a aucune raison de supposer une manipulation
des démons ou quoi que ce soit. Si tout vous paraît si rationnel,
comment expliquez-vous qu'une femme comme madame Lumigne -paix à
son âme- parle une langue connue de quelques initiés seulement ?
Non que je doute de ses mérites mais enfin... Une tenancière de
bordel..." |
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Le doute et la suspiscion
semblent parcourir l'assemblée ; tous regardent le Notaire avec
défiance. Celui-ci se lève d'un mouvement sec, se dirige vers la
porte et donne pleine lumière dans la pièce. L'éclat aveuglant de
plusieurs lampes halogènes donnent à tous l'occasion de constater
qu'aux pieds du notaire s'étend une ombre d'une parfaite banalité.
"Heureux de vous rassurer, Mademoiselle Bronkowicz, souhaitez-vous
que j'embrasse un crucifix ou que je me pavane devant un miroir
?"
La lumière est très forte mais elle perd toute consistance au bout
de quelques minutes, comme si elle était absorbée par les recoins
de la pièce. L'intensité lumineuse n'excède pas celle que produirait
quelques bougies.
Le notaire paraît terrifié : "euh... je ne comprends pas... sans
doute un problème de courant... ce n'est pas possible..."
Il tape soudainement des deux poings sur la porte mais le son rendu
n'évoque en rien la possibilité d'une pièce d'habitation normale
de l'autre côté : chaque coup sonne comme un gong dans un immense
espace vide. Il va se rasseoir en titubant à son bureau. Le silence
qui suit est long et angoissant. Seul Le Kervedec, habitué sans
doute à mettre en scène lui-même ce style d'ambiance pour son propre
compte, trouve le courage de parler. |
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Le Kervedec : Ah,
mais que m'arrive-t-il? Ce ne sont que des contes de grand-mère,
je le sais pourtant, je le sais...
"Ecoutez, bon, puisqu'on en est tous à déballer notre vie... Je
ne sais pas si ça peut aider mais..."
... mais boucle-la donc, espèce de lopette. Tu vas pas tomber là-dedans
toi aussi ! Garder la tête froide...
"Mais..."
Allez, vas-y, t'as commencé, autant aller jusqu'au bout
"Mais j'ai fait... J'ai eu... Il m'est arrivé un truc étrange l'autre
jour. C'était la semaine dernière, je crois. J'étais dans mon cabinet,
en pleine consultation et... "
Bon sang, ça n'a pas de sens...
" Et, je sais que ça a l'air d'être n'importe quoi, mais... Et bien
j'étais là, et soudain, c'est comme si je n'étais plus la. Comment
vous dire, ça n'était pas un rêve, j'étais parfaitement réveillé,
mais c'est comme si je m'étais brusquement retrouvé ailleurs. J'étais
soudain assis au milieu d'un couloir étroit et assez obscur. D'après
ce que je pouvais voir, il avait l'air très long. Je veux dire,
je n'en voyais pas le bout. Tout ce que je voyais, c'était des portes,
de chaque côté. Des portes très hautes, en fer, moitié bouffées
par la rouille. D'un seul coup, la porte qui se trouvait à ma droite
a claqué contre le mur, comme si quelqu'un venait de l'ouvrir à
la volée. Imaginez, comment on pouvait ouvrir une porte aussi violemment,
avec son poids et la rouille ! Et... rien, je veux dire, personne,
comme si elle s'était ouverte d'elle-même, ou par un gros courant
d'air ou quoi, mais il n'y avait pas un poil de vent. Et là..."
Bon sang, c'est pas possible, je deviens fou... C'était... C'était
elle, j'en suis sûr, maintenant... Je deviens maboul moi aussi !
"... et là ça a fait comme si on enlevait un voile noir de l'encadrement...
Comme si une ombre s'enfuyait tout à coup... au fond de la pièce,
de l'autre côté de la porte..."
C'était elle, c'était ELLE ! Je deviens cinglé, c'est mon tour !
"Il y avait un corps allongé... Un cadavre... SON cadavre..."
"Le cadavre de la taulière, je veux dire, de madame Lumigne..." |
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Anne-Marie Dirieux
: " Ces rêves et ces réminiscences sont assez courants dans les
ouvrages ésotériques que vous avez peut-être lus ? Si F. a su mettre
en forme dans son oeuvre les quelques bribes de votre psyché que
vous lui avez livré à votre corps défendant -et cela est valable
pour vous tous - il a pu écrire un texte vague qui vous impressionne
au point de de vous donner cette impression de déjà-vu. Ce n'est
pas un sujet nouveau, savez-vous. J'ai eu l'occasion de travailler
avec F. sur le Nécronomicon, un ouvrage occulte d'un auteur arabe
dont vous ne savez probablement rien, sur l'imbrication des rêves
et de la réalité et sur le pouvoir du monde sans relief et sans
ombre des cités de l'esprit..."
...juste ciel, j'y pense à présent, le Nécronomicon...que pouvait
bien trafiquer F. avec le cahier des rêves du Nécronomicon... écrire
une fiction, cela me semble peu crédible...
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Blake : "Ce... ce
n'était pas une fiction...I mean, pas un roman... jamais... F. a
commencé par retranscrire ses rêves, mais un jour, il a trouvé un
vieil ouvrage chez un bouquiniste dans lequel un mystique du 17ème
siècle racontait des visions en tout point similaires... Il n'a
cessé alors de trouver des correspondances entre ce qu'il voyait
lors de ses nuits et d'autres textes de toutes les époques de l'humanité.
Il m'a tout dit... J'ai eu des rêves aussi, quelques uns... pas
aussi forts ou précis mais l'idée était là. Je ne dors quasiment
plus ou alors drogué, je ne peux plus rêver, j'ai trop peur. F.
cherchait un moyen de conjurer l'emprise de ses rêves, c'est pour
ça qu'il m'avait contacté, ayant lu un de mes pitoyables poèmes
dans une revue d'ésotérisme et y ayant vu les échos de ce qu'il
vivait chaque nuit."
Come on, boy, you must say everything...
"My family.... est une très vieille famille, we... nous avons combattu
bien des dangers ignorés de tous. Mais je n'ai pas le talent de
mon père ou de mon grand-père et je sais juste qu'aujourd'hui c'est
notre maison qui me protége... seul, j'aurais sans doute connu le
même destin que F., I mean, je serais mort à l'heure qu'il est,
ou alors fou dans un asile... That's all I can say, c'est tout,
I'm sorry..." |
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Anne-Marie Dirieux
: D'après ces ouvrages, des créatures de ces mondes sans ombres
pourraient passer dans le nôtre en "empruntant" le corps de personnes
vivantes. Etes-vous en train de nous expliquer que vos aïeux détenaient
des secrets capables de lutter contre ces êtres ? Et que ces secrets
se trouveraient, sous une forme ou une autre, chez vous, dans votre
maison ? |
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Le Kervedec : " Des
formules ? Je me souviens avoir correspondu avec F. sur ces formules
scandinaves que je n'avais pas bien comprises. Si ces êtres des
rêves craignent les formules, je peux leur fournir ! "
... quelle était déjà cette phrase, ces runes anciennes ...
" Dites-nous Blake ce que je peux opposer à ces monstres ?" |
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Anne-Marie Dirieux
: "Je ne crois pas que ces formules auxquelles vous faîtes allusion
soient authentiquement scandinaves, c'est en fait une transcription
tardive en caractères runiques de la langue que nous avons entendue
tout à l'heure de la bouche de cette pauvre Madame lumigne..." |
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Blake : "Je vois
ce dont vous voulez parler... mais je ne la connais pas, je connais
juste le symbole qui y est rattaché..."
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Le Kervedec : Voyant
le symbole tracé par Blake
"Attendez, je crois que ça me revient... Quelque chose comme..."
Ferme les yeux et commence à réciter
"Ogthorg... non... Voyons, OGTHROD, c'est ça...
OGTHROD AI'F GEB'L -EE'H YOG-SOTHOTH 'NGAH'NG AI'Y ZHRO" |
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La voix caverneuse et emphatique
du charlatan résonne dans la pièce. Peu à peu, la pénombre semble
se densifier et se resserrer autour de Le Kervedec qui se met à
hurler. L'obscurité devient totale l'espace d'un instant... Quand
les lumières vacillantes reviennent, le mage n'est plus là.
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Léa : "Effectivement...
le moins qu'on puisse dire est qu'il n'avait pas bien compris à
quoi servait cette formule..." |
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La jeune fille se lève,
un léger sourire aux lèvres. Elle s'approche d'une des lampes qui
éclairent faiblement le bureau, son ombre grandit derrière elle
et devient sans rapport avec la forme de son corps. |
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Docteur Portier-Angreï
(Zenda) : "Mon Dieu, quelle est cette horreur ! "
...elle a empoisonné F., cette... cette... qu'est ce que c'est ?
" Arrière, chose infâme, qu'as-tu fait à F. ? C'est toi qui l'as
tué ? "
...vite, essayer de distraire son attention, de l'occuper... lui
jeter une chaise pour que son emprise sur nous se relâche...
" Qui es-tu ? Parle, au nom de Dieu !"
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Simon Loupieux :
Si F. a traduit le langage particulier de son rêve en bon français
cette formule devrait être lu autrement. Les mots de Lumine "Ygnaiih...
ygnaiih... thflthkh 'ngha", et puis ces mots qui font disparaitre
le mage, et le nom de la nouvelle commment s'appelait-elle dejà
? |
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Léa : "Vous n'avez
rien compris... La formule que cherchait F. était l'exact inverse
de celle qu'a prononcé notre ami... qui a payé désormais le prix
de sa médiocrité. Je voudrais, Professeur, rectifier ce que vous
avez dit tout à l'heure : vous avez parlé de créatures qui pourraient
"emprunter" le corps de personnes vivantes... c'est exactement le
contraire... en fait, ils sont là de toute éternité : ils sont nos
ombres !" |
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A peine a t-elle finit sa
phrase que le Docteur jette sa chaise dans la direction. Léa n'a
même pas un mouvement pour l'éviter. La chaise tombe à ses pieds
exactement comme si les quelques mètres qui la séparent du Docteur
étaient une distance largement plus grande et que la chaise n'avait
pas été jetée avec suffisamment de force.
Les ombres entourent le vieux médecin qui se met à sourire.
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Docteur Portier-Angreï
: "Je n'ai pas peur... je n'ai pas peur... mais... non, c'est impossible,
vous êtes morts depuis quarante ans et personne n'a jamais su...
personne... hé hé, tu es si belle ce soir... mais tu es morte aussi...
tu es si belle... |
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Le Docteur s'assied sur
le sol, il semble avoir perdu toute raison, il semble presque heureux... |
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Simon Loupieux (Zenda)
: ... vite, il faut produire une lumière qui contienne cette chose...
du feu... le manuscrit...
" Maître, votre briquet s'il vous plaît ! Aidez-moi à mettre le
feu à ces feuillets ! " |
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Anne-Marie Dirieux
: Voyons, à l'envers, cela donne
ORHZ Y'IA GN'HAGN' HTOHTOS-GOY H'EE - L'BEG F'IA DORHTGO |
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Blake : Light ! We
need light in here ! That's the only way out ! They can't bear it
! I must try and break this bloody window
Il empoigne la chaise et la lance contre la fenêtre |
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Le notaire saisit un briquet
sur son bureau et approche la flamme ténue des pages du manuscrit.
Les ombres semblent vaciller dans la pièce, l'invocation de Madame
Dirieux paraît avoir un effet certain. Alors que le feu prend sur
le bureau, Simon est happé par une vague de ténèbres et son corps
semble se dissocier en un instant.
La voix de Léa , atrocement déformée, hurle. |
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Léa : "N'Fiang Chtulhu
hag-dressil !... Hagor... ce n'est pas fini, Blake ! Yog-Sothot
te trouvera !" |
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La chaise de Blake, violemment
projetée contre la fenêtre, la fait voler en éclat. L'air frais
de la nuit entre dans la pièce. Léa recule brusquement. Les ombres
autour d'elles se contractent et s'affadissent. John Blake et le
Professeur Dirieux se précipitent vers la fenêtre. Le Notaire, coincé
derrière son bureau, crie de toutes ses forces :
"Attendez-moi ! Ne me laissez pas seul !"
Léa se tourne vers lui. |
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Anne-Marie Dirieux
: ... que faire, Mon Dieu, que faire ?
" Blake, aidez-moi à grimper sur la façade de l'immeuble, nous allons
essayer d'atteindre l'étage inférieur !" |
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Blake : Ignorant
l'appel du notaire
"Je vais vous tenir main et vous vous laisserez tomber sur le balcon
qui se trouve en dessous" |
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John Blake et Anne-Marie
Dirieux commencent à enjamber le balcon pour gagner l'étage inférieur.
Le Notaire éclate d'un rire hystérique avant de commencer à hurler.
Au moment où les deux fuyards prennent pied en sûreté, une violente
déflagration retentit dans le bureau. Une odeur pestilentielle envahit
le quartier. |
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Voilà, c'est tout ce dont
je me souviens, je crois que j'ai été le plus exact possible. Quand
je me suis enfui, j'ai vu... je ne veux pas en parler, j'ai trop
peur de devenir fou et d'abandonner ainsi le combat de ma famille...
je pourrais me laisser glisser, je n'entendrais plus ces voix dans
ma tête, je ne verrai plus... cette chose dans l'ombre... J'ai lu
ce qu'ont dit les journaux, on a pas retrouvé le corps de Léa, évidemment...
Le Notaire était quasiment inidentifiable et nous l’avons abandonné
à son horrible sort... Quant à Jérôme, Simon et au Docteur Portier-Andréi¨,
ils sont -quelle ironie !- dans l'institut pour aliénés auquel F.
avait légué ses biens. Ils hurlent leur terreur et ne pourront jamais
dire ce qui s'est passé dans ce bureau. Je ne m'attends pas à ce
qu'on retrouve un jour Maurice-André Le Kervedec, il a disparu dans
l'ombre à jamais...
Je suis rentré chez moi par le train avec Madame Dirieux. Elle n’a
pas dit un mot depuis, j’ai peur qu’elle n’ait basculé dans la folie
elle aussi. Mais ses yeux disent encore la volonté de se battre.
Je sens bien que ma maison me protège, sans doute grâce aux fondations
particulières que mes arrière-grands-parents ont enfouies dans cette
terre... mais pour combien de temps encore ?… Quand le soleil se
couche et que les ombres des arbres environnants s'étirent jusqu'à
toucher nos murs, je ne peux m'empêcher de frissonner, il me semble…
mais cette pensée me rend fou… j’ai vu… J’ai vu hier soir pendant
un instant l’ombre du grand pin qui se dresse devant la maison.
Elle n'était pas dans la bonne direction ! Elle s’étendait sur le
sol vers la porte d’entrée de la maison… Cette ombre,… c’était celle
qui se tenait derrière Léa quand j’ai réussi à m’enfuir !
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