Station solaire Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
d'Andreas Eschbach - L'Atalante
 

Petit à petit, le grand public commence à comprendre que l’avenir de notre civilisation se pose avant tout en termes énergétiques. Augmentation du prix du pétrole, réchauffement climatique, épuisement des réserves, débat autour du nucléaire civil… Ces thèmes sont tous présents et liés dans nos débats, même si nous n’avons pas encore franchi le pas d’en faire - du moins en France - le cœur de nos choix politiques. A tort, bien sûr…

Station solaire brode une trame de polar sur un scénario de fiction politique qui nous projette dans le futur énergétique de la terre ; dans ce futur, c’est le Japon qui est devenu le pays le plus prospère en anticipant l’indépendance pétrolifère par l’établissement d’une station transmettant l’énergie du soleil par un train de micro-ondes. Les Etats-Unis, ayant abandonné leur exploration spatiale, et l’Europe, déchirée par ses luttes intestines, sont complètement à la traîne tandis qu’une guerre religieuse embrase le Moyen-Orient.

La station lancée par le Japon récupère dans une voilure immense le flux électro-magnétique du soleil et le transforme en énergie ; des erreurs de calibrage et de guidage du rayon lors des transmissions font craindre un sabotage : le commandant japonais ordonne au responsable de la maintenance américain de mener une enquête. Au delà des péripéties de ce huis clos parfait, assez crédibles et bien ficelées, Station solaire est fascinant par l’aperçu du futur qu’il laisse entrevoir et qui semble parfaitement plausible. Je sais que des détracteurs pourraient relever une vision sans doute partiale et biaisée de la mentalité japonaise ; mais c’est justement là que l’auteur se montre plus fin que ce que la description du récit peut laisser croire.

Eschbach montre qu’individuellement les généralisations sont de pures absurdités, mais que les comportements collectifs vont parfois au pire des traits supposés d’une culture. En plus clair : que l’interaction sociale renforce les défauts culturels chez des individus plus tolérants individuellement. Et dans une station fermée, à l’organisation presque militaire, les affrontements culturels des membres de l’équipage, issus des antagonismes des sociétés du monde réel, ressortent évidemment plus au rapport de force qu'à l’entente cordiale. Le personnage principal lui-même est en perpétuel conflit, tiraillé entre son conditionnement social (sa manière de penser les rapports avec ses collègues sous l’angle de leurs nationalité et culture respectives) et ses désirs et besoins individuels d’interaction (dont les trames principales apparaissent au fur et à mesure de la progression de l’intrigue).

Et donc ce polar spatial se révèle plus construit et réfléchi que ce que la quatrième de couverture laisse supposer.

 
PmM
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