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de Blaise Cendrars - Livre de Poche
 
Jamais livre aussi mince ne m'aura paru aussi épais.
J'ai un faible pour Blaise Cendrars. Je ne le cache pas. Je ne sais pas trop si c'est pour son œuvre ou pour sa vie. Lui-même ne faisait pas bien la différence. Moravagine me fait toujours l'effet d'un des romans les plus modernes qui soient. D'Outremer à Indigo réalise le mariage idéal entre la mélodie envoûtante des récits sud-américains et l'humour railleur de l'écrivain. Les Pâques à New-York continue de me donner la chair de poule à chaque relecture…
Rhum fut un réel défi. Je m'attendais à un récit poétique et enlevé. Je m'attendais à enlever le bouquin comme on cueille, en passant, une rose poussant dans le jardin du voisin. Ca ne fut pas vraiment ça. Disons que la rose était bien accrochée. Cendrars, en bon journaliste, fouille et déterre ses arguments. S'il nous en épargne l'essentiel, il ne peut faire l'économie des tracas administratifs et financiers par lequel passa cet homme extraordinaire. Il voulait régner. On a voulu l'abattre. Peut-être y a-t-on réussi. Ce simple fait suffirait à le rendre remarquable : l'histoire doute encore à son propos. Chaque historien tranche, pourtant l'histoire ne s'est toujours pas décidée.
Cendrars, lui aussi, tranche. Il ne pouvait que voter en faveur de cet homme dont la vie d'aventurier-voyageur-prospecteur-député-homme d'affaires-poète était un tel écho à la sienne. Il tranche mais tient à emporter l'adhésion. Et soudain, on se retrouve submergé par des pages de procédures administratives, des litanies de patrimoines, des dates, des noms, des lieux et des déclarations. Au cœur du livre, on pourrait se croire dans César Birotteau. N'était cette obsession de Cendrars à embrouiller. Les dates se mélangent. Le récit se projette, puis revient sur lui-même, en une série d'allers-retours qui nous perd. A certains moments, je l'avoue, j'ai failli me décourager. Et puis quoi ! Défait comme ça en à peine 120 pages ! Il aurait fait beau voir ! Je la voulais, ma rose !
J'ai fini par l'avoir. Le dernier mot revient aux mots, justement. Le récit s'achève sur un hommage splendide à la vie de Jean Galmot. Signé Jean Galmot soi-même. Je ne résiste pas à la tentation d'en livrer quelques phrases, tant pis pour les droits d'auteur : " Un jour, une femme est venue… […] Ses yeux, lumière dans la lumière, sont le seul souvenir… Pour elle, je voudrais recommencer la vie. Quel est l'homme qui pour rencontrer cette femme n'entrerait pas, en pleurant de joie, sur la route sanglante qui fut la mienne ? "
Rhum n'est pas franchement la meilleure approche de Cendrars. A ceux qui sont encore vierges sur le sujet, je suggèrerais de commencer par Moravagine (ou par l'Or, pour les plus paresseux.) Aux autres, je dirais malgré tout : achetez-le. Ne serait-ce que pour m'éviter un procès pour citation intempestive. J'avoue qu'après l'avoir refermé, je n'ai plus qu'une confiance modérée dans la justice…
 
FXS
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