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| A tous ceux qui aiment les récits de voyage, voici
un de ces rares livres qui ne sont ni des accumulations de descriptions pittoresques ni les états
d'âmes d'un gros niais émerveillé par n'importe quoi sous prétexte qu'il est le seul à le voir et
qu'il va pouvoir gonfler ses collègues de bureaux dans d'interminables soirées-diapos. C'est tout
simplement un long voyage, même pas très loin : de l'Europe centrale à l'Asie mineure. Tout le long
de ce très beau récit (illustré aux éditions La Découverte par le compagnon de Bouvier dont malheureusement
le nom m'échappe) on retrouve la précieuse désinvolture qui de Corto Maltese à Claude Lévi-Strauss,
certes dans des styles différents, permet de saisir ce qui fait l'étrangeté et la facilité du Dépaysement.
Lorsqu'on traverse de cette façon les plus invraisemblables constructions humaines, avec une tranquillité
qui n'est pas sans rappeler l'étonnante disposition d'un de nos nouveaux collaborateurs à s'étendre
sans vergogne sur les plateaux de Risk, il apparait alors la véritable nature du voyage sans autre
but que le déplacement désinteressé, celle que résume ainsi Bouvier : "On ne fait pas un voyage,c'est
lui qui vous fait, petit à petit.". Je crois que c'est cette infime différence qui nait en nous
lorsque nous nous éloignons qui fait crier à Caïn à ses compagnons qui s'éloignent dans la dernière
planche de La ballade de la mer salée de Hugo Pratt "Vous êtes les plus beaux amis du
monde!". Le livre de Nicolas Bouvier est une merveille. |
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| EM |
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