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Une petite précision
avant de commencer, j'ai lu le livre en anglais, veuillez donc excuser
toute divergence avec la traduction française s'il me prenait
l'envie folle de citer Dan Brown. Mais pourquoi faire une critique
du Code Da Vinci si longtemps après sa parution et son
succès ? Mais pour en dire du mal, pardi ! Depuis quelques
jours s'affiche un peu partout la sortie du " nouveau Dan Brown
" : Anges et Démons, pourtant antérieur
; je trouve que cela donne une assez bonne idée de ce que l'auteur
et son éditeur français attendent de leurs lecteurs
: la mise en sommeil de toute capacité critique.
Que les choses soient claires : le Code Da Vinci se lit vite
et bien, la mécanique romanesque y est passablement efficace
; on lit cela vaguement consterné, intéressé
par quelques détails bien trouvés mais on se rend tout
de même compte que l'on n'a jamais affaire à un bon livre.
Commençons par la forme : Dan Brown écrit remarquablement
mal, c'est sans doute un des plus mauvais écrivains américains
en matière de descriptions (il y en a notamment une de la perspective
cour du Louvre-Carrousel-Tuileries-Champs Elysés qui est à
la littérature ce que le pingouin royal est au ballet classique)
et il multiplie les fautes de goût et les approximations. Comme
de nombreux auteurs (Harris, Clark...), sa documentation laisse à
désirer, ce qui évidemment saute aux yeux de n'importe
quel lecteur ayant visité Paris plus d'une semaine (note aux
autres : il n'y a pas de prostituées place Saint-Sulpice, par
contre, il y a un commissariat, une mairie, une préfecture
et un hôtel des impôts, ce qui fait beaucoup d'uniformes
en faction 24h sur 24... on avouera que ce n'est pas très grave,
mais on admettra aussi que ça plombe un peu la crédibilité
du reste).
Sur le fond, pas grand chose à dire : Brown fait sa petite
construction historico-religieuse, c'est plutôt grotesque et
manque cruellement de rigueur mais bon, chacun a le droit de s'approprier
l'Histoire à des fins romanesques. D'ailleurs, Dan Brown ne
semble pas chercher autre chose qu'à faire un roman puisqu'il
dit dès la première page "Toutes les descriptions
d'uvres d'art, d'architecture, de documents et de rituels secrets
dans ce roman sont exactes", ce qu'on pourrait traduire par "tout
le reste - analyses à deux balles, personnages ringards, pathétiques
hypothèses et complot mondial, je te jure, ils sont partout
- c'est moi qui l'ai inventé un soir où j'avais bu de
l'alcool de lézard en regardant Kto". On comprend dès
lors que la construction brownienne (je voulais la placer celle-là)
n'intéresse que moyennement toute personne ayant un minimum
de culture religieuse et artistique (vraiment minimum...). C'est d'autant
plus couillon que certaines idées seraient plutôt rigolotes
si elles n'étaient pas au service d'un aussi bancal édifice
romanesque... La morale de ce style de bouquin n'est jamais "tu
vas connaître la vérité qu'on a voulu te cacher"
mais "tu vas gober n'importe quoi parce que tu ne t'es jamais
posé de questions". C'est en fait assez cruel pour le
lecteur épaté par cette érudition de pacotille
: il est directement renvoyé au néant de sa propre culture.
Seul petit point positif : l'Opus Dei passe pour un repère
de dangereux timbrés, ce qui est plutôt exact, certainement
pas pour les raisons que Brown développe, mais c'est toujours
ça de pris.
Deux petites choses pour finir. Il est terriblement désespérant
pour un lecteur de se retrouver face à un jeu de piste et d'énigmes
censés protéger le plus important secret depuis la naissance
du monde et de constater que le niveau des dits indices est largement
moins relevé que les mots croisés de Télérama.
Voir des personnages (en vrac un "symbologiste", une cryptographiste
et un spécialiste de l'histoire religieuse) s'interroger sur
un quatrain rédigé dans une langue mystérieuse
menant directement au Graal ("on dirait une langue sémitique")
avant de comprendre au bout de deux pages que c'est de l'anglais écrit
de droite à gauche (je rappelle à tout le monde que
Léonard de Vinci rédigeait ses notes en utilisant ce
procédé, ce qui laisse supposer que les personnages
n'ont même pas lu le titre du bouquin), tout cela est consternant.
Bon Dieu ! Même un débile léger ou un admirateur
de Dan Brown trouverait le Graal dans ce bouquin (alors que quand
on voit les années d'études et de recherche qu'il a
fallu à Indiana Jones et à son papa, mais je dis ça
comme ça...)
Enfin, dans un pathétique effort pour avoir l'air aussi con
que dans le bouquin, le Vatican vient d'en déconseiller la
lecture. Franchement, dans cette titanesque partie de ping-pong conceptuel,
on a parfois des doutes de l'intelligence des êtres humains
(quoique pour ceux qui portent des soutanes, on s'en doutait). Croyez-vous
qu'il y avait matière à faire un peu de pédagogie
historique et théologique, à montrer les richesses littéraires
qui ont construit les Ecritures et les ont poursuivies ? Ben non.
C'est Brown et son éditeur qui doivent trépigner de
joie et les gogos de se dire que décidément, on veut
leur cacher quelque chose...
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