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de Iain M. Banks - RV ailleurs, Fleuve Noir
 
Pas besoin de le répéter, nous sommes à KaFkaïens des lecteurs intégristes de Banks (certains des membres de la rédaction se rasent la tête en psalmodiant son nom les soirs de pleine lune), aussi c'est toujours une certaine prise de risque que de critiquer un de ses bouquins, car on peut, à n'importe quel moment de l'une de nos légendaires réunions, voir un de nos charmants camarades se lever les yeux vides en brandissant son couteau et en disant d'une voix mécanique " argh, tu as insulté le maître et tu vas payer " (ne riez pas, ça m'est déjà arrivé : j'avais émis des doutes sur la qualité des certaines illustrations de l'Encyclopédie du Teckel, quand notre bien-aimé rédacteur en chef m'a poignardé à plusieurs reprises au milieu du restaurant kabyle où nous avons nos habitudes ; je dus mon salut ce soir-là au fait qu'aveuglé par la rage, il avait saisi une merguez dans son assiette à la place de son couteau). Quel est le rapport avec Banks, me direz-vous, certes, je n'en vois pas non plus, mais de toute façon, pas de problème avec Inversions, c'est de la bien belle ouvrage. Banks fait montre une fois de plus d'une maîtrise narrative impressionnante : le récit prend place de façon très allusive quant à ses tenants et aboutissants, le lecteur assiste à des scènes qu'il ne peut que mettre bout à bout sans indice quant à ce qui se passe réellement. Certes, on sent que quelque chose se passe qui échappe à la logique des deux récits qui s'entrecroisent, deux histoires d'étrangers venus on ne sait comment occuper un poste de confiance dans deux sociétés proto-féodales (j'ai toujours rêvé de placer le terme " proto-féodal " dans ce magazine), mais le mystère des buts et objectifs de ces deux personnages, observés par un tiers, espion à la solde d'on ne sait qui, demeure pendant la majeure partie du bouquin.
Et c'est là à mon avis la grande qualité de Banks : on prend tellement de plaisir à lire ce qu'il écrit qu'on se prend à vouloir repousser la résolution (pourtant bien faite) du roman. Bref, même si ce livre n'est pas un chef d'œuvre comme Banks nous en a déjà fait (ah, je sens venir la tentative de meurtre), c'est tellement bien écrit et maîtrisé qu'on se prend à souhaiter que le livre ne finisse pas, du moins pas tout de suite.
 
EM
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