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de Bret Easton Ellis - 10x18
 

Nous avons souvent parlé dans ces colonnes de la production américaine actuelle de best-sellers, de tous ces livres parfaitement calibrés que l'on dirait écrits par des machines et que l'on essaie de nous faire prendre pour de la littérature. Bret Easton Ellis, même s'il est un auteur utilisant les mêmes circuits de distribution et les mêmes méthodes de marketing, possède une force que les autres auteurs n'ont pas. Lire un de ses livres est toujours une épreuve fascinante. American Psycho, son coup de maître, avait déjà considérablement brisé le petit ronron éditorial de la mode des livres sur les serial-killer. Livre terrible, parfois insoutenable, il avait révélé Ellis et son style chaotique, mélange permanent de réalité et d'imagination indiscernables plongeant le lecteur dans l'expectative permanente d'un point fixe où accrocher un quelconque schéma narratif qui lui permettrait d'appréhender le livre dans son entier. Bien sûr, Ellis prenait à dessein le contre-pied permanent de ses propres affirmations pour mieux plonger le lecteur dans l'univers schizoïde du tueur, complétant sa prose par un bouillonnement terrible de détails futiles, parfaitement symétriques avec la futilité permanente des pensées de ses personnages, pour "noyer" le lecteur et le laisser pantois.

Dans Glamorama, Ellis utilise le même procédé dans un but différent. Il ne s'agit plus de nous faire sentir le décalage entre la vie réelle et la vie d'un schizophrène, mais de se livrer à une petite réflexion sur l'image de soi. Ce qui rend cette réflexion terriblement incisive est qu'elle se déroule dans le petit monde fermé des gens branchés, toujours sous les feux des caméras et des appareils photos. Examiner sa propre image à travers les yeux des gens que l'on fréquente, et contrôler la progression de cette image dans les médias qui sont eux-même la référence des gens que l'on fréquente. Double jeu où l'individu se perd au point de n'être plus que l'esclave de cette image extérieure de lui à laquelle il s'efforce de correspondre. Maître mot du livre : cool. Il faut être cool, adopter cette attitude qui donnera l'image parfaite. Parfaite pour quoi ? Cela n'a pas d'importance ! Il ne s'agit que d'être parfaitement cool dans le moment, dans l'instant, et surtout dans l'instant où le flash vous illumine.
La première partie du livre de Ellis est brillante, extrêmement nerveuse et trépidante. Dans la deuxième partie, Ellis ajoute un degré supplémentaire de différenciation au personnage principal, qui est en permanence en tournage d'un film, sans que l'on puisse savoir s'il s'agit d'un film réel ou de la projection permanente du fantasme d'images du héros. Dans American Psycho, quelques indices finaux permettaient de faire des suppositions sur ce qui était finalement réel et sur ce qui ne l'était pas. Dans Glamorama, rien ne permet de trancher (à moins qu'un indice soit caché au fond d'une description absconse comme la fin du livre en comporte beaucoup) et le lecteur reste en proie au doute, voire à la lassitude. Et comme nous le disions au début, on reste donc pantois devant ce livre, incapable d'analyse, impressionné comme la pellicule d'un appareil de paparazzi.

 
PmM
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