L'épopée de Gilgameš / Gilgamesh, roi d'Ourouk
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traduit par Jean Bottéro / de Robert Silverberg
 
L'épopée de Gilgamesh (je choisis l'orthographe de Silverberg parce que les caractères spéciaux de mon traitement de texte sont assez pénibles à utiliser) est le premier texte littéraire de l'histoire de l'humanité parmi ceux qui nous sont parvenus. Il est daté du IVème millénaire avant J.C., et croyez-moi, à cette époque, on publiait pas n'importe quoi. Vaste récit gravé sur des plaques d'argiles en akkadien, c'est notre premier mythe, et c'est dans le même temps la source de beaucoup d'autres. Je ne sais pas si, comme moi, vous êtes passionnés par ces textes d'avant le livre, qui donnent l'impression d'une mémoire remontant bien au-delà ce qu'on pouvait imaginer, mais je dois dire que dans cette sorte de récit, celui-ci m'a particulièrement plu. Gloire à la collection " l'Aube des Peuples " de Gallimard de rendre accessible de tels textes (ce sont eux également qui publient les grandes épopées nordiques, saxonnes, mais aussi des textes indiens, polynésiens ou amérindiens) (peut-être qu'en continuant à leur faire de la pub, ils vont m'envoyer toute la série gratos, ça serait super sympa…). Monsieur Bottéro, le traducteur, qui m'a l'air de parler akkadien avec une facilité déconcertante, a publié pas mal d'ouvrages de référence sur la Mésopotamie, c'est donc peu dire qu'il sait de quoi il parle. Et c'est un vrai bonheur que de lire ce texte fragmenté, splendide dans cet espèce d'abandon royal comme les vestiges d'un vieux temple oublié. On comprend la phrase de Jaccottet, qui après avoir traduit un autre grand texte fondateur, l'Odyssée, disait avoir retrouvé au-delà des siècles une immédiateté de ce très vieux poème : " Il y aura eu d'abord pour nous comme une fraîcheur d'eau au creux de la main. Après quoi, on est libre de commenter à l'infini, si l'on veut. ".
Et à propos de commenter si l'on veut, il y a une autre sorte de bouquins que j'apprécie tout particulièrement, ce sont les réappropriations de textes classiques par des auteurs contemporains. Nous vous avons déjà dit tout le bien que nous pensions de Tim Powers qui joue en virtuose des possibles implications fantastiques des biographies des poètes anglais du XIXème dans les voies d'Anubis ou le poids de son regard, je vous ai parlé il n'y a pas longtemps du livre de Crichton les Mangeurs de Mort (rebaptisé après la sortie du film le treizième guerrier), la liste est longue…
Robert Silverberg a écrit son Gilgamesh. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est resté fidèle à l'esprit du texte comme à sa lettre : il ne fait que le romancer, c'est-à-dire lui donner cette forme moderne en respectant strictement le développement du récit. En fait, ce livre m'a fait penser à Salammbô de Flaubert : un remarquable exercice de style (au-delà bien sûr de la qualité du roman), un véritable travail sur l'écriture pour lui donner la force de rappeler à nos yeux une civilisation disparue. C'est également assez amusant de voir Silverberg, grand auteur de SF s'il en est, se confronter au fantastique mythique de la pré-Antiquité (je sais pas si ça existe, ça, " la pré-Antiquité ", mais vous voyez ce que je veux dire), lui qui est si fortement inscrit dans notre imaginaire fantastique contemporain.
Bref, vous l'aurez compris, je trouve particulièrement amusant de lire ces deux livres à la suite l'un de l'autre, pour voir, au-delà du plaisir de lire, les généalogies qui traversent notre culture littéraire. C'est toujours ça de pris avant que les bibliothèques soient fermées…
 
EM
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