Accessibilité de l'information sur Internet Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 
Qu'il est loin désormais le temps où heureux et insouciants nous parcourions les vastes plaines d'Internet armé d'un modeste " Mosaïc " à la découverte de milliers de sites offerts à nous par le coup de baguette magique de l'apparition du HTML dans le monde du réseau des réseaux. Les pages étaient alors simples, efficaces et souvent peu attractives : mais l'on ne surfait pas encore vraiment, et la recherche d'informations s'accommodait de la sobriété des présentations.

Il a fallu que le contenu évolue pour la forme s'adapte, et que les populations concernées par Internet ne soient plus seulement composées de scientifiques pour que tout à coup la forme devienne une préoccupation aussi importante que le fond : et dans un foisonnement créatif du plus bel effet, les techniques d'embellissement des pages HTML se sont disputées une place au soleil du nouveau marché potentiel, la forme prenant parfois les devants du fond. Toutes ces évolutions ont été avalisées successivement par les organismes normatifs (qu'ils soient normatif de droit, comme le consortium w3c, ou de fait, comme les Microsoft).

Aujourd'hui, toutes ces technologies coexistent : images, animations vectorielles, sons, vidéo…sont monnaie courante dans les pages HTML dont le nombre a progressé exponentiellement. Avec ces technologies diverses sont nées les difficultés pour consulter certaines pages : la notion d'accessibilité des pages a vu le jour.

L'accessibilité des pages est fonction des contraintes que font peser les technologies choisies pour les pages sur les moyens de communication de l'internaute.
Les moyens de communication de l'internaute sont cet ensemble d'éléments qui lui permettent d'afficher une page choisie sur Internet, c'est à dire cet ensemble d'éléments qui s'étend de son navigateur à Internet, en passant par son système d'exploitation, sa machine, sa connexion (modem, réseau), son fournisseur d'accès…

Chacun de ces éléments pose ses propres contraintes sur l'affichage d'une page : le plus évident est sans doute pour la plupart d'entre nous le débit de la connexion qui permet ou ne pas permet pas l'affichage de pages graphiques trop lourdement chargées.
Ces contraintes peuvent être bloquantes (comme les animations flash qui ne s'affichent pas dans certains navigateurs) ou non (comme un faible débit qui ne bloque pas, mais ralentit l'affichage complet des pages).

Savoir évaluer l'ensemble de ces contraintes pour déterminer si une page va s'afficher correctement sur une plateforme donnée est devenu affaire de spécialistes. Cela est affaire de technologie, mais aussi d'expérience, puisque les contraintes posées par les éléments de la chaîne ne sont pas indépendantes les unes des autres. Par exemple, un site lourdement chargé en images peut être affiché rapidement si l'on pris soin d'utiliser des images uniques pour les éléments répétitifs (car ces images seront cachées par le navigateur dans un dossier spécial et réaffichées très rapidement).
Cela devient difficile pour les concepteurs de sites HTML non pas de faire un site visible (les contraintes sont le plus souvent évitées par la loi du nombre), mais de ne pas tomber dans les défauts d'accessibilité : comme les outils de production de site sont soumis à la même loi de domination du marché que les plateformes de navigation, les problèmes sont le plus souvent évités pour le plus grand nombre.

Or c'est bien là le fond de cette problématique d'accessibilité : ce défaut d'accessibilité ne devrait pas être laissé au hasard. La vrai question n'est pas de savoir si le contenu est accessible dans l'absolu, mais de savoir s'il est accessible par les populations auxquelles on souhaite s'adresser. Personne ne crée un site internet sans imaginer les futurs internautes qui viendront les parcourir ; à défaut, on veut s'adresser à la terre entière. Parfois, on réserve un site à l'usage exclusif de sa propre famille, et de la tante Berthe avec son modem 28K. Ce sont les capacités techniques des plateformes des populations visées par notre site qui doivent décider du degré de sophistication des pages que nous leur présentons.

En conséquence directe : si l'on vise le plus grand nombre, on doit adopter le plus petit dénominateur commun technique possible. Et le meilleur exemple est donné par les Services Publics : ils doivent impérativement être accessible à tous, donc comporter le moins d'images possible, bannir les animations flash et autres graphismes vectoriel. C'est remarquablement bien fait sur les sites principaux du service public français (http://service-public.fr), mais moins respecté sur les sites d'organismes publics. Le Service Public met aussi à disposition des internautes un site spécifique pour ceux qui possèdent une connexion à haut débit.
Car en conséquence inverse, si l'on souhaite s'adresser à une catégorie particulière de personnes, alors on est libre de rendre son site difficilement accessible aux autres : qui iraient reprocher aux spécialistes de l'animation flash de surcharger leur sites de démonstrations à l'intention des autres spécialistes ? Personne. Par contre, si le même spécialiste imagine toucher la vaste foule des internautes et leur démontrer la beauté ineffable de ses merveilleuses animations, il a de fortes chances d'être cruellement déçu, la majorité des liaisons à bas débit étant incapables de charger une animation trop conséquente.

Cette constatation induit plusieurs remarques utiles aux personnes qui veulent réaliser ou faire réaliser leur site internet.
Tout d'abord, penser à adapter le niveau technologique du site au public souhaité : ne pas se laisser leurrer par les bonnes âmes prosélytes du tout-interactif multicolore, et aborder les technologies utilisables sous l'angle de leurs inconvénients plutôt que de leurs avantages. Penser aux problèmes de débit pour les sites lourdement graphiques, penser aux proxy d'entreprise pour le streaming, penser aux feuilles de style spécifiques pour les navigateurs atypiques...la liste est longue.

Il faut également prévoir des solutions de rechange : aux débuts d'internet, la plupart des menus de navigation réalisés en images étaient doublés par une version texte. Que sont devenus ces menus textes ? Pour de nombreux sites, ils ont purement et simplement disparus, et tout le monde est victime un jour ou l'autre d'un site où la navigation est insupportable parce qu'on doit attendre l'affichage des multiples images d'un menu pour un simple clic. Même la balise "Alt" des images est peu souvent utilisée, elle permet pourtant d'éviter cet écueil. Il faut se donner le temps de déterminer quelles sont les informations importantes de la page pour privilégier leur affichage spécifique.

Bien sûr, il faut également privilégier la simplicité, car elle sera toujours moins susceptible de poser des problèmes ultérieurs. C'est d'ailleurs ce qu'exprime notre petit petit slogan de la non-interactivité revendiquée. Cette simplicité passe par une structuration correcte de l'information, par le parti-pris des technologies éprouvées face au cliquant, mais aussi par la sincérité quant au propos. Sans oublier que la simplicité procure un autre avantage de taille : le risque d'obsolescence du site sera moins grand, car il faut tenir compte des changements rapides caractéristiques des technologies du réseau, qui peuvent démoder un site et le rendre difficilement accessible en un laps de temps assez court.

 
PmM
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