| Qu'il est loin
désormais le temps où heureux et insouciants nous parcourions
les vastes plaines d'Internet armé d'un modeste " Mosaïc
" à la découverte de milliers de sites offerts
à nous par le coup de baguette magique de l'apparition du HTML
dans le monde du réseau des réseaux. Les pages étaient
alors simples, efficaces et souvent peu attractives : mais l'on ne
surfait pas encore vraiment, et la recherche d'informations s'accommodait
de la sobriété des présentations.
Il a fallu que
le contenu évolue pour la forme s'adapte, et que les populations
concernées par Internet ne soient plus seulement composées
de scientifiques pour que tout à coup la forme devienne une
préoccupation aussi importante que le fond : et dans un foisonnement
créatif du plus bel effet, les techniques d'embellissement
des pages HTML se sont disputées une place au soleil du nouveau
marché potentiel, la forme prenant parfois les devants du
fond. Toutes ces évolutions ont été avalisées
successivement par les organismes normatifs (qu'ils soient normatif
de droit, comme le consortium w3c, ou de fait, comme les Microsoft).
Aujourd'hui,
toutes ces technologies coexistent : images, animations vectorielles,
sons, vidéo
sont monnaie courante dans les pages HTML
dont le nombre a progressé exponentiellement. Avec ces technologies
diverses sont nées les difficultés pour consulter
certaines pages : la notion d'accessibilité des pages a vu
le jour.
L'accessibilité
des pages est fonction des contraintes que font peser les technologies
choisies pour les pages sur les moyens de communication de l'internaute.
Les moyens de communication de l'internaute sont cet ensemble d'éléments
qui lui permettent d'afficher une page choisie sur Internet, c'est
à dire cet ensemble d'éléments qui s'étend
de son navigateur à Internet, en passant par son système
d'exploitation, sa machine, sa connexion (modem, réseau),
son fournisseur d'accès
Chacun de ces
éléments pose ses propres contraintes sur l'affichage
d'une page : le plus évident est sans doute pour la plupart
d'entre nous le débit de la connexion qui permet ou ne pas
permet pas l'affichage de pages graphiques trop lourdement chargées.
Ces contraintes peuvent être bloquantes (comme les animations
flash qui ne s'affichent pas dans certains navigateurs) ou non (comme
un faible débit qui ne bloque pas, mais ralentit l'affichage
complet des pages).
Savoir évaluer
l'ensemble de ces contraintes pour déterminer si une page
va s'afficher correctement sur une plateforme donnée est
devenu affaire de spécialistes. Cela est affaire de technologie,
mais aussi d'expérience, puisque les contraintes posées
par les éléments de la chaîne ne sont pas indépendantes
les unes des autres. Par exemple, un site lourdement chargé
en images peut être affiché rapidement si l'on pris
soin d'utiliser des images uniques pour les éléments
répétitifs (car ces images seront cachées par
le navigateur dans un dossier spécial et réaffichées
très rapidement).
Cela devient difficile pour les concepteurs de sites HTML non pas
de faire un site visible (les contraintes sont le plus souvent évitées
par la loi du nombre), mais de ne pas tomber dans les défauts
d'accessibilité : comme les outils de production de site
sont soumis à la même loi de domination du marché
que les plateformes de navigation, les problèmes sont le
plus souvent évités pour le plus grand nombre.
Or c'est bien
là le fond de cette problématique d'accessibilité
: ce défaut d'accessibilité ne devrait pas être
laissé au hasard. La vrai question n'est pas de savoir si
le contenu est accessible dans l'absolu, mais de savoir s'il est
accessible par les populations auxquelles on souhaite s'adresser.
Personne ne crée un site internet sans imaginer les futurs
internautes qui viendront les parcourir ; à défaut,
on veut s'adresser à la terre entière. Parfois, on
réserve un site à l'usage exclusif de sa propre famille,
et de la tante Berthe avec son modem 28K. Ce sont les capacités
techniques des plateformes des populations visées par notre
site qui doivent décider du degré de sophistication
des pages que nous leur présentons.
En conséquence
directe : si l'on vise le plus grand nombre, on doit adopter le
plus petit dénominateur commun technique possible. Et le
meilleur exemple est donné par les Services Publics : ils
doivent impérativement être accessible à tous,
donc comporter le moins d'images possible, bannir les animations
flash et autres graphismes vectoriel. C'est remarquablement bien
fait sur les sites principaux du service public français
(http://service-public.fr), mais moins respecté sur les sites
d'organismes publics. Le Service Public met aussi à disposition
des internautes un site spécifique pour ceux qui possèdent
une connexion à haut débit.
Car en conséquence inverse, si l'on souhaite s'adresser à
une catégorie particulière de personnes, alors on
est libre de rendre son site difficilement accessible aux autres
: qui iraient reprocher aux spécialistes de l'animation flash
de surcharger leur sites de démonstrations à l'intention
des autres spécialistes ? Personne. Par contre, si le même
spécialiste imagine toucher la vaste foule des internautes
et leur démontrer la beauté ineffable de ses merveilleuses
animations, il a de fortes chances d'être cruellement déçu,
la majorité des liaisons à bas débit étant
incapables de charger une animation trop conséquente.
Cette constatation
induit plusieurs remarques utiles aux personnes qui veulent réaliser
ou faire réaliser leur site internet.
Tout d'abord, penser à adapter le niveau technologique du
site au public souhaité : ne pas se laisser leurrer par les
bonnes âmes prosélytes du tout-interactif multicolore,
et aborder les technologies utilisables sous l'angle de leurs inconvénients
plutôt que de leurs avantages. Penser aux problèmes
de débit pour les sites lourdement graphiques, penser aux
proxy d'entreprise pour le streaming, penser aux feuilles de style
spécifiques pour les navigateurs atypiques...la liste est
longue.
Il faut également
prévoir des solutions de rechange : aux débuts d'internet,
la plupart des menus de navigation réalisés en images
étaient doublés par une version texte. Que sont devenus
ces menus textes ? Pour de nombreux sites, ils ont purement et simplement
disparus, et tout le monde est victime un jour ou l'autre d'un site
où la navigation est insupportable parce qu'on doit attendre
l'affichage des multiples images d'un menu pour un simple clic.
Même la balise "Alt" des images est peu souvent
utilisée, elle permet pourtant d'éviter cet écueil.
Il faut se donner le temps de déterminer quelles sont les
informations importantes de la page pour privilégier leur
affichage spécifique.
Bien sûr,
il faut également privilégier la simplicité,
car elle sera toujours moins susceptible de poser des problèmes
ultérieurs. C'est d'ailleurs ce qu'exprime notre petit petit
slogan de la non-interactivité revendiquée. Cette
simplicité passe par une structuration correcte de l'information,
par le parti-pris des technologies éprouvées face
au cliquant, mais aussi par la sincérité quant au
propos. Sans oublier que la simplicité procure un autre avantage
de taille : le risque d'obsolescence du site sera moins grand, car
il faut tenir compte des changements rapides caractéristiques
des technologies du réseau, qui peuvent démoder un
site et le rendre difficilement accessible en un laps de temps assez
court.
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