La Cuite Mongole Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 

Quelles que soient les différences entre les peuples, quelques soient les distances, il est des traits qui relient les hommes, qui peut-être contribuent à définir ce qu'est l'humanité. En avril 2002, pour moi, ce fut, euh... l'alcool.

Nous étions hébergés à Pékin chez un couple sino-americano-mongol (ils n'étaient que deux, je le précise).
La Mongolie se divise entre l'intérieur et l'extérieur. "Intérieure", la Mongolie ne l'est que pour les Chinois qui occupent les deux tiers du pays. Ce que nous appelons Mongolie n'est en fait que la Mongolie dite "extérieure".
Les Mongols de l'extérieur sont encore essentiellement nomades. La banlieue de leur capitale, Oulan-Bator, est un vaste anneau de tentes traditionnelles.
Les Mongols de l'intérieur, eux, ont été sédentarisés par la Chine. Ils apprennent le mandarin et les idéogrammes de l'Empire du Milieu. Officiellement, ils sont intégrés dans le peuple de Mao. En fait, les Hans (les chinois, euh, de Chine) considèrent les Mongols avec mépris. C'est oublier qu'ils se sont fait envahir et diriger par Genghis Khan, entre autre empereurs Mongols. Mais bon...
Malgré tout cela, mais pour combien de temps encore ? les Mongols de l'intérieur conservent certaines de leur traditions. Ils savent cavaler des heures, même, paraît-il dormir sur leur cheval ! Ils se nourrissent exclusivement de mouton (sans légumes, bien-sûr) : je vous conseille l'agneau bouilli, réchauffé dans du thé salé, au petit déjeuner ! Mais surtout, ils semblent ne jamais s'arrêter de chanter et de boire !

Un soir, notre nouvel ami Mongol nous a emmenés dans un restaurant traditionnel. Pas un truc pour touristes, non, un petit resto perdu au fond d'un des derniers Utongs, ces quartiers populaires faits de petites maisons en briques, dans un labyrinthe de ruelles, et que l'on rase au nom de la modernité. Nous sommes, croyons-nous, les seuls clients ce soir-là.
Pour commencer, bien-sûr, un petit apéro. A la vodka Mongole, faite paraît-il avec l'herbe des prairies infinies. Première surprise, elle se boit cul sec. Deuxième surprise, la serveuse en habit traditionnel et aux joues écarlates, laisse la bouteille sur la table. On se dit qu'il va falloir la finir, et vu ses 45°, ça va être du sport... En fait, la vodka sera notre seule boisson de tout le repas, et à sept convives, nous sifflerons cinq bouteilles et demie !!!
A chaque fois, on porte un toast : à la Mongolie, à la France, à Zidane, à l'herbe verte des prairies de Mongolie, à chacun de nous, à rien, et on boit cul-sec. Notre ami disait que les Mongols sont les meilleurs buveurs. J'ai donc mis un point d'honneur à le suivre verre par verre, jusqu'à la fin du repas. Ce n'est que le lendemain, alors que je tentais douloureusement de m'ouvrir le crâne à coup de hache, que j'ai appris que les Mongols ne buvaient pas toujours leur verre en entier....
Lorsque tous les toasts furent portés, il a fallu trouver de nouvelles excuses pour boire. Heureusement, les Mongols chantent. Et qu'est-ce qu'ils chantent bien ! Toutes leurs chansons parlent de leur pays, de ses plaines immenses, de l'herbe verte qui nourrit les moutons, de la Mongolie, des plaines, de l'herbe, et encore des moutons. Et à chaque chanson, un verre.
Nous aussi, avons dû nous exécuter. Et là, honte à nous ! à part quelques paillardes, nous n'avons trouvé que le générique de Candy à chanter tous ensemble... Mais qu'importe, les Mongols nous félicitaient, et nous, hilares, hop ! nous buvions notre verre.

Alors qu'on croyait en avoir fini, on a découvert que le restaurant comptait une deuxième salle, pleine de Mongols, imbibés, et qui tenaient à chanter pour nous exprimer combien ils étaient heureux de rencontrer des français. En remerciement, la politesse voulait que l'on porte un toast, que l'on chante une chanson (comment avons-nous pu chanter Fanchon ?), et, donc, que la deuxième tablée offre une nouvelle tournée. Et ainsi de suite...

Bizarrement, au fur et à mesure que les bouteilles se vidaient, on avait de moins en moins besoin de l'entremise de notre amie américano-chinoise pour comprendre le Mongol.
Des verres qui se heurtent, un éclat de rire, un regard embrumé, et tout est dit.

 
LN
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