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"Et si nous sommes bons, nous sommes utiles."
Platon
 

Je n'ai pas envie de vous rappeler ici la dichotomie de fait entre le web commercial et le web indépendant. Par web indépendant, on peut entendre une multitude de réalités : sites culturels bénévoles comme le nôtre, sites militants de toutes les causes, simple expression d'une envie de communiquer, pour partager une passion, pour faire connaître quelque chose, pour trouver un ou une petite amie, pour le plaisir, pour rien…

De plus en plus, on peut lire sur le web que le e-commerce va étouffer le web indépendant et qu'il nous faut trouver des moyens de lutter contre cet état de fait, en utilisant les armes de l'ennemi, en nous incluant nous aussi dans cette démarche de la " rentabilité ". Je crois que justement le web indépendant est non-marchand par nature et c'est ce qui fait sa force : rien n'est fait pour forcer la chance que nous avons de nous exprimer dans ce média qui n'a pas son équivalent dans le rapport coût/diffusion. Que les sites marchands soient de plus en plus nombreux, où est le problème ? Que je sache, ils ne menacent en rien l'existence du web indépendant (je crois même qu'ils n'en ont rien à foutre). A la limite pourquoi se sentir outragé par cette réalité ? Surtout, pourquoi devrions-nous nous aussi nous lancer dans la course à l'audience, puisqu'elle est de fait le nouveau maître-mot d'Internet ? Si plus de lecteurs = plus de reconnaissance, que pouvons-nous faire pour que KaFkaïens soit plus lu ?

Il est clair que ce qui fait qu'un site fonctionne (c'est-à-dire parvient à trouver son public, qu'il soit fait de consommateurs, de lecteurs ou de curieux), c'est sa visibilité dans le paysage de la toile. Se faire connaître, c'est le premier objectif de toute entreprise (je parle au sens large) sur Internet, c'est même devenu un travail rémunéré (des sociétés proposent de vous faire référencer sur les moteurs de recherche, une bonne place sur un moteur de recherche pour certains mots-clefs se monnaie).

Lorsque nous avons créé KaFkaïens Magazine, nous étions motivés par la possibilité sans égale de diffusion des textes pour un coût quasiment nul et, bien sûr, par la volonté de tenter quelque chose de littéraire avec ce nouveau médium. Ce n'est qu'une fois que le magazine s'est structuré et surtout que nous avons eu les premiers retours des lecteurs que nous avons pris conscience du problème de la visibilité sur la toile. Et comme on n'a rien inventé, c'est ce que disait récemment l'Ornitho à notre propos : " La visibilité est un des gros problèmes du web indépendant. C'est ce qu'on se dit en tombant, presque par hasard, sur "KaFkaïens - Le magazine de la non-interactivité revendiquée". En effet, comment avons-nous pu passer à côté de ce site pendant tout ce temps ? " (merci, l'Ornitho !). Il est clair que ce que ce qui est visible actuellement sur le web, ce sont les sites marchands, qui disposent d'autres moyens de communication et de publicité. De là, un intéressant paradoxe se met en place : nous avons à la fois (et là je parle pour nous, mais aussi pour bon nombre de sites qui me semblent construits avec la même volonté que la nôtre) un refus d'apparaître autrement que dans ce qui nous semble être l'espace que nous maîtrisons (c'est-à-dire, en gros, les liens par d'autres sites semblables au nôtre, les critiques qui sont faites à notre propos et les référencements plus ou moins élogieux des moteurs de recherche et portails) et la difficulté à admettre que cette prise de parole ne soit susceptible de toucher qu'une infime partie des internautes.

Il existe peut-être d'autres moyens (si on exclue le spam systématique des médias) : nous avons essayé le webring, mais je crois pour ma part que la visibilité est basée sur la légitimité des sources, or, dans le webring auquel nous étions inscrits, trop de sites n'avaient rien à voir avec la littérature et ne présentaient aucun intérêt. Donc, pas de webring (quoique nous ayons pensé il y a quelques temps à créer le nôtre, basée sur le principe de la cooptation des membres). Mais je crois qu'aujourd'hui, le web indépendant n'a pas intérêt à être trop démonstratif : nous avons une chance qui est celle de ne pas avoir à tirer parti de notre lectorat. En effet, nous n'avons pas besoin d'argent et l'on peut se dire qu'à partir du moment où la visibilité minimale (celle dont je vous parlais plus haut) est atteinte, et c'est d'ailleurs pour cela que nous avons créé la K-lettre qui ouvre dans nos pages un espace aux sites qui nous plaisent, où les relations avec les sites que vous aimez sont amicales, pourquoi vouloir plus ? J'ai peur qu'en voulant systématiquement diriger le lecteur, le mettre devant une alternative simplifiée du type : " lis ça ou la liberté disparaît. ", on perde un peu de vue le principe du web indépendant et que ce soit la diversité de ce qui est visible sur le net qui en pâtisse. Je ne crois pas à la fédération systématique des sites " amis ", je crois à la dispersion et à l'échange non-organisé.

Le lectorat de KaFkaïens s'est construit par hasard, par échange, par lien. Je ne demande pas d'autres lecteurs si ce n'est ceux qui ne nous connaissent pas et qui vont avoir du plaisir -ou du moins une réaction quelconque- à nous lire, et je sais qu'eux viendront avec le temps et le hasard, en continuant ce magazine que je crois de qualité, justement parce qu'il n'a d'autre exigence que de n'avoir aucun prix, en fait d'être là pour la beauté du geste et le désir sincère d'expression.

 
EM
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