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Je nettoyais
mon épée quand le coup est parti.
J'écoutais
les incompréhensibles vaticinations de ce chef inca, de ce
moricaud sans âme envoyé par son peuple pour intercéder
auprès de nous, envoyés de sa majesté universelle
et hispanique, et plus encore sans aucun doute pour espionner et
savoir nos armes et nos troupes, j'écoutais son charabia
sans queue ni tête, l'épée à la main,
la lame posée sur un chiffon que je tenais de l'autre, maudite
humidité qui rouille nos casques et nos armes, qui mouille
notre poudre, maudite fièvre, maudite fièvre. J'écoutais
son jacassement bruyant et je regardais l'écheveau de cordelettes
qu'il semblait vouloir m'offrir, moi qui n'ai besoin que d'or pour
la couronne, que d'or, et d'eau fraîche, oui d'eau fraîche,
maudite fièvre. Ce chef là me semblait mieux habillé
que les autres, nous devions être proche du centre de l'empire,
la jungle se refermait sur nous, la jungle et la fièvre,
maudite fièvre. Mais il était aussi incompréhensible
que les autres, aussi gesticulant, aussi dénué d'humanité,
un barbare, les symboles de la barbarie jonchant notre chemin, les
morts dans des sacs, oui dans des sacs, les esclaves à tuer,
les gens craintifs, leurs propres peurs, leurs propres morts dans
les yeux, dans leurs yeux brillants des fièvres, non, ils
n'ont pas de fièvre, pas comme moi, pas comme nous, maudite
fièvre. Et ce chef n'avait rien de différent des autres
finalement, juste un moustique, un moustique à fièvre,
inutile, un moustique que l'on écrase, et je l'ai frappé
de mon épée, là, et il est tombé au
sol, criant, implorant, la hanche ouverte pissant le sang, mon dieu,
mon dieu, ces cris, cette chair inhumaine, maudite fièvre...
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Je brandissais
mon Quipu quand le dieu s'est faché.
Ils ont tué
les nôtres, eux les dieux de métal qui sont arrivés
par l'eau, et maintenant à travers la jungle, jusqu'à
mon village. Ils ont tué les nôtres par le fer de leurs
armes, ou par leur simple divinité, par contact, les hommes
tombent comme des mouches, leur divinité court l'air comme
un oiseau invisible et touche au front les marqués, les choisis
pour la mort. Et ils sont arrivés ici sur la route de l'Inca,
qui arrivera peut-être à apaiser leur colère
incompréhensible contre le monde, ce que n'ont pas fait l'or,
les cadeaux, les suppliques, les sacrifices. Et moi, qui suis là
devant ce dieu terrible avec sa tête de métal et ses
yeux brillants de haine, j'essaie de lui dire l'autorité
de l'Inca, je brandis le Quipu, mais il s'en moque, sa haine enfle,
pourquoi je ne sais pas , et il me frappe de son arme de métal.
Douleur, douleur, que va-t-il faire de moi... Ô dieu vengeur,
épargne-moi, épargne mon village....
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