Hernando Vasco Aguila Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 

Je nettoyais mon épée quand le coup est parti.

J'écoutais les incompréhensibles vaticinations de ce chef inca, de ce moricaud sans âme envoyé par son peuple pour intercéder auprès de nous, envoyés de sa majesté universelle et hispanique, et plus encore sans aucun doute pour espionner et savoir nos armes et nos troupes, j'écoutais son charabia sans queue ni tête, l'épée à la main, la lame posée sur un chiffon que je tenais de l'autre, maudite humidité qui rouille nos casques et nos armes, qui mouille notre poudre, maudite fièvre, maudite fièvre. J'écoutais son jacassement bruyant et je regardais l'écheveau de cordelettes qu'il semblait vouloir m'offrir, moi qui n'ai besoin que d'or pour la couronne, que d'or, et d'eau fraîche, oui d'eau fraîche, maudite fièvre. Ce chef là me semblait mieux habillé que les autres, nous devions être proche du centre de l'empire, la jungle se refermait sur nous, la jungle et la fièvre, maudite fièvre. Mais il était aussi incompréhensible que les autres, aussi gesticulant, aussi dénué d'humanité, un barbare, les symboles de la barbarie jonchant notre chemin, les morts dans des sacs, oui dans des sacs, les esclaves à tuer, les gens craintifs, leurs propres peurs, leurs propres morts dans les yeux, dans leurs yeux brillants des fièvres, non, ils n'ont pas de fièvre, pas comme moi, pas comme nous, maudite fièvre. Et ce chef n'avait rien de différent des autres finalement, juste un moustique, un moustique à fièvre, inutile, un moustique que l'on écrase, et je l'ai frappé de mon épée, là, et il est tombé au sol, criant, implorant, la hanche ouverte pissant le sang, mon dieu, mon dieu, ces cris, cette chair inhumaine, maudite fièvre...

 
***

Je brandissais mon Quipu quand le dieu s'est faché.

Ils ont tué les nôtres, eux les dieux de métal qui sont arrivés par l'eau, et maintenant à travers la jungle, jusqu'à mon village. Ils ont tué les nôtres par le fer de leurs armes, ou par leur simple divinité, par contact, les hommes tombent comme des mouches, leur divinité court l'air comme un oiseau invisible et touche au front les marqués, les choisis pour la mort. Et ils sont arrivés ici sur la route de l'Inca, qui arrivera peut-être à apaiser leur colère incompréhensible contre le monde, ce que n'ont pas fait l'or, les cadeaux, les suppliques, les sacrifices. Et moi, qui suis là devant ce dieu terrible avec sa tête de métal et ses yeux brillants de haine, j'essaie de lui dire l'autorité de l'Inca, je brandis le Quipu, mais il s'en moque, sa haine enfle, pourquoi je ne sais pas , et il me frappe de son arme de métal. Douleur, douleur, que va-t-il faire de moi... Ô dieu vengeur, épargne-moi, épargne mon village....

 
***
"Rasez le village, tuez moi ces bâtards stupides !" cria Hernando Vasco Aguila, les bras tremblants de fièvre et d'adrénaline. Et il donna l'exemple en achevant le chef tombé à terre.
 
 
PmM
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