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Je nettoyais
la baliste et le coup est parti.
C'est trop bête.
Alors que nous avions déjà gagné la bataille.
Alors que les troupes ennemies sortaient de leur forteresse pour
se rendre. Alors même que leur chef venait se soumettre aux
pieds du grand Jules.
C'est vraiment
trop bête. J'ai l'impression que le caillou envoyé
par la baliste s'est écrasé juste sur la tête
du meneur de cette bande de gaulois pouilleux. C'est m'étonnerait
qu'il en réchappe, avec toute cette cervelle qui dégouline
sur son bouclier arverne. J'espère que je n'ai pas fait une
trop grosse bêtise.
Après
tout, ce n'est ni le premier ni le dernier de ces barbares que l'on
écrase. Est-ce que cela compte seulement ? Depuis le début
de cette campagne, je ne compte plus le nombre de têtes explosées
et de membres écrabouillés. Enfin, j'espère
que ce n'était pas trop important...
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Le grand Jules
était furieux. Il tenait son triomphe, il se voyait déjà
en haut de l'affiche, triomphant à Rome sur un char couvert
d'or, plaidant devant les sénateurs la nécessité
de placer un homme fort à la tête de l'empire, abusant
de jeunes esclaves sur des couches de soie d'Orient.
Et voilà
que le soi-disant chef de cette bande de barbares révoltés
venait de se prendre une pierre sur la tête, au moment-même
où il venait se prosterner et reconnaître sa défaite
face aux armées romaines en conquête. Adieu la procession,
le char, les lauriers, et le chef barbare enchaîné
! Comment officialiser cette victoire maintenant ? Le responsable
de l'erreur de baliste allait en prendre pour son grade, quelque
soit celui d'ailleurs : il servirait d'amuse-gueule aux lions du
cirque, avant qu'ils ne fassent le gros de leur repas avec les gaulois.
Car il aurait son triomphe, nom d'un césar !
D'abord, ce
chef-là ou un autre, c'était du pareil au même.
L'important, c'était de marquer les consciences rustiques
de ces primitifs avec une image qu'ils ressasseraient jusque dans
les écoles du futur : un chef gaulois agenouillé devant
le futur empereur romain, ses armes jetées au sol, la grimace
amère de la défaite sur le visage et le sourire triomphant
du glorieux César. Il lui fallait n'importe
quel chef, ou même... le visage de César s'étira
en un sourire machiavélique.
Quelques minutes
plus tard, le légionnaire Vercingétorius ployait le
genou devant César, affublé de nippes gauloises pleines
de boue, les cheveux jaunes filasses en crin véritable, sans
se douter que ce rôle temporaire allait sans doute s'avérer
définitif quand le geôlier lui aurait coupé
la langue sur ordre du général.
En contrebas, les armées gauloises vaincues criaient leur
désespoir.
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