Caius Septus Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 

Je nettoyais la baliste et le coup est parti.

C'est trop bête. Alors que nous avions déjà gagné la bataille. Alors que les troupes ennemies sortaient de leur forteresse pour se rendre. Alors même que leur chef venait se soumettre aux pieds du grand Jules.

C'est vraiment trop bête. J'ai l'impression que le caillou envoyé par la baliste s'est écrasé juste sur la tête du meneur de cette bande de gaulois pouilleux. C'est m'étonnerait qu'il en réchappe, avec toute cette cervelle qui dégouline sur son bouclier arverne. J'espère que je n'ai pas fait une trop grosse bêtise.

Après tout, ce n'est ni le premier ni le dernier de ces barbares que l'on écrase. Est-ce que cela compte seulement ? Depuis le début de cette campagne, je ne compte plus le nombre de têtes explosées et de membres écrabouillés. Enfin, j'espère que ce n'était pas trop important...

 
*

Le grand Jules était furieux. Il tenait son triomphe, il se voyait déjà en haut de l'affiche, triomphant à Rome sur un char couvert d'or, plaidant devant les sénateurs la nécessité de placer un homme fort à la tête de l'empire, abusant de jeunes esclaves sur des couches de soie d'Orient.

Et voilà que le soi-disant chef de cette bande de barbares révoltés venait de se prendre une pierre sur la tête, au moment-même où il venait se prosterner et reconnaître sa défaite face aux armées romaines en conquête. Adieu la procession, le char, les lauriers, et le chef barbare enchaîné ! Comment officialiser cette victoire maintenant ? Le responsable de l'erreur de baliste allait en prendre pour son grade, quelque soit celui d'ailleurs : il servirait d'amuse-gueule aux lions du cirque, avant qu'ils ne fassent le gros de leur repas avec les gaulois. Car il aurait son triomphe, nom d'un césar !

D'abord, ce chef-là ou un autre, c'était du pareil au même. L'important, c'était de marquer les consciences rustiques de ces primitifs avec une image qu'ils ressasseraient jusque dans les écoles du futur : un chef gaulois agenouillé devant le futur empereur romain, ses armes jetées au sol, la grimace amère de la défaite sur le visage et le sourire triomphant du glorieux César. Il lui fallait n'importe quel chef, ou même... le visage de César s'étira en un sourire machiavélique.

Quelques minutes plus tard, le légionnaire Vercingétorius ployait le genou devant César, affublé de nippes gauloises pleines de boue, les cheveux jaunes filasses en crin véritable, sans se douter que ce rôle temporaire allait sans doute s'avérer définitif quand le geôlier lui aurait coupé la langue sur ordre du général.
En contrebas, les armées gauloises vaincues criaient leur désespoir.

 
PmM
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