Epreuve Métrique Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
 

Je suis l'opium nouveau du siècle de l'image,
Je suis le prosélyte du message olympien,
Par le sport devenu nouveau temple païen,
Nouvelle religion du peuple téléphage.

Le Sport s'est transformé en entreprise énorme,
Un Moloch sans frontières à seul but lucratif,
Je suis le formidable, l'omniprésent sportif,
Je suis de notre temps le moderne surhomme.

Je passe tout mon temps au complexe sportif,
Training, compétitions, voilà toute ma vie.
Pour moi la voie est claire et le but est acquis :
Les titres, les médailles sont mes seuls objectifs.

Je dois au cher baron la devise ultime
Que je n'oublie jamais : plus haut, plus vite, plus fort.
C'est ma motivation, c'est mon Sud, c'est mon Nord,
Alpha et Oméga de mes pensées intimes.

Pour soutenir le rythme, je consomme parfois
Les produits colorés du sac de l'entraîneur.
J'ai les cuisses plus grosses que celles d'un catcheur,
Mais le crâne plus glabre que le cul d'un boa.

Ou bien c'est tout l'inverse et ma toison s'affole
Je deviens plus velu que le Yéti lui-même,
Je fais un tablier de ma toison pubienne,
Et des bottes fourrées des poils de mes guibolles.

Avec l'aide sournoise des pilules magiques
Je deviens le surhomme des stades bouleversés,
L'athlète inégalable, le nouveau Prométhée,
Je brandis vers le ciel une torche chimique.

Je cours plus vite encore que le guépard rapide
Je saute encore plus haut que la gazelle en fuite
Je dépasse au final toute humaine limite,
Pour le plaisir sans but de cette foule avide.

La gloire et les records, ça va bien un moment
Si je m'impose ainsi un tel rythme d'efforts
Tout cet entraînement qui maltraite mon corps
C'est quand même en partie pour gagner de l'argent.

Les nouvelles patries qui envoient leurs sportifs
Sont quelques compagnies aux poches bourrées d'or
L'on n'est plus citoyen que de quelques sponsors,
Les drapeaux sont vaincus par les logos massifs.

Comme les vêtements, les chaussures, les boissons,
Tous les colifichets dont je suis le vendeur,
Je suis un pur produit pour toi consommateur,
Mon avenir est une date de péremption.

Plus grande paraît ma force, et plus je suis dopé,
Et plus courte est ma vie, et plus elle paraît vaine.

A trente-cinq ans pas plus, d'une embolie soudaine,
Je mourrai seul et riche dans ma villa dorée.

 
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