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Bien, tout le
monde est là, j'espère que nous allons pouvoir travailler sérieusement
ce soir. Je me demande s'ils se rendent compte de l'importance de
ce que nous allons faire : c'est le numéro 1000 ! Quand je pense
aux débuts misérables de ce magazine dans des chambres de bonnes
de l'infra-Paris, je me dis que décidément
les premiers rédacteurs ne devaient pas imaginer que pour ce numéro,
nous aurions 23 millions de lecteurs sur 14 planètes, eh oui, c'est
comme ça et maintenant, c'est moi le patron.
Ah, voilà les
ghiedzzas, et bien sûr je n'ai pas un
crédit sur moi, la livreuse va encore
râler. D'autant plus qu'elle n'est pas pour rien dans la parution
du journal, mais bon c'est pas elle non plus qui fait tout le boulot,
hein ? Après tout, qui c'est le rédacteur en chef ici ? Voilà la
jolie Margot… Ouf, elle n'a pas plaint
le microparfum ce soir. Non, non, mon petit Martin, fais attention
où tu regardes, tes globes oculaires vont exploser si tu t'intéresses
de trop près à son corsage. Je me demande si je lui plais vraiment
où si ce sont de basses manœuvres pour faire passer ses pitoyables
efforts littéraires archaïques. Quand même, écrire encore sur du
papier, quelle snobinarde celle-là.
Depuis que les
générateurs autonomes de textes ont été inventés, plus personne
ne prend la peine d'écrire ne serait-ce qu'une seule ligne à la
main. Ceci dit quand on y pense, il fallait un sacré culot pour
rédiger un roman sans qu'un ordinateur ne construise le texte. Si
Théo 7 nous lâchait ce soir, nous serions sans doute obligé d'annuler
la parution, voire de la repousser, ce qui ne s'est jamais vu de
mémoire de KaFkaïens. Sacré Théo 7,
toujours sur la brèche, j'espère que la livreuse lui a apporté son
huile favorite…
Bon, je vais
pouvoir lancer la réunion, si le stagiaire veut bien cesser de me
courir dans les pattes. Il est gentil celui-là mais il commence
à me courir. J'aimais bien sa parfaite obséquiosité au début, mais
par pitié qu'il enlève ce sourire béat de sa face pleine d'antennes.
S'il continue à me gonfler avec sa condition de stage, je le mute
aux archives, là-bas, c'est pas le travail
qui manque. Surtout, penser à cadrer ce petit monde pour qu'on
puisse pour une fois finir le bouclage normalement.
Ça y est, voilà
les deux folles qui passent à l'attaque,
par pitié, épargnez-moi la scène de ménage. Je vais faire en sorte
qu'elles ne s'éventrent pas, mais je sens que ça va encore me retomber
sur le dos.
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