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Peut-être ne connaissez-vous la Rue Dumas que par les quelques mots que nous avions écrits sur elle. Peut-être croyez-vous qu'elle n'existe pas, et peut-être que cela est vrai. Il nous faut donc porter témoignage de l'existence ou de la non-existence de cette rue. Dans les deux cas, nous pouvons apporter des preuves matérielles (quoique numériques) recueillies par un matin glacial d'octobre.
 
 
Le bas de la Rue Dumas est à l'image du boulevard Voltaire dans lequel elle se jette péremptoirement : immeubles chics en pierre, ou briques patinées. Mais dès les premiers mètres, cette rue loufoque fait valoir ses droits à la plaisanterie. Les commerces improbables lorgnent d'une fenêtre embuée les vitres cassés des magasins fermés. Les immeubles joyeux exposent leurs géraniums bourgeois, mais les taudis crasseux et les immeubles moches se sont glissés entre eux.
 
 
Les mystères successifs des immeubles de la Rue Dumas occupent je l'avoue de grandes parties de mes journées. Que cachent-ils ? Qui les habitent ? Il est pourtant avéré que l'on ne voie jamais, lorsqu'on s'y promène, quelqu'habitant que ce soit sortir ne serait-ce qu'un chien anodin ou qu'un moutard en poussette. Personne ne rôde, une baguette sous le bras, à l'exception cependant notable du Soleil qui comme vous le savez maintenant habite le haut de la rue et sort tous les matins avec son pardessus élimé pour acheter quelques croissants.
 
 
Est-ce la vendetta terrible des sur-habitants de la Pharmacie et de la Brasserie qui a chassé hors de la Rue Dumas les résidents trop fragiles ? Nul ne saura sans doute les raisons de cette absence flagrante. A moins que ? Dans la Rue Dumas se jette -comme dans les bras d'une mère - la rue Monte-Cristo et son église étrange. Tous les habitants seraient-ils réfugiés en cet asile, en un réflexe hugolien typiquement parisien?
 
 
Sans doute ont-ils fui en masse vers la place de la Réunion, qui clôt de son square circulaire et de sa fontaine glougloutante la Rue Dumas, ainsi que la rue de Terre-neuve, ce qui peut constituer, convenons-en, le point de départ d'une prochaine promenade tout aussi agréable.
 
 
Il reste entre ces deux rues l'immeuble-bateau à la coque arrondie qui nous emportera peut-être pour ce voyage froid (Terre-Neuve, pensez donc !), dans une nouvelle pêche au plaisir de la promenade bucolique et citadine, dominicale et matinale. Beau navire, pourquoi reste-tu ancré à l'angle des rues du voyage ? Lève l'encre de mes mots et croise avec moi hors de la Rue Dumas !
 
 
Alors où sont-ils ? Où sont les habitants ? C'est en redescendant la Rue que j'ai percé le mystère. Rue Dumas, tes façades ne sont que décors. Oeuvre d'art immédiate et réelle, tu donnes tes représentations théatrâles en continu. Quelle beauté ! Une pièce ininterrompue se joue devant nos yeux depuis des années, au coeur même de la Cité. Si personne ne trouble ta quiétude de théâtre vide ce matin, c'est que tes acteurs s'en sont rentrés chez eux, aujourd'hui est un jour de relâche. Et quelques spectateurs décontenancés errent à ton cours, surpris de ne point voir ton spectacle inhabituel.
 
 
Rue Dumas, réponds-moi, quand sonneront à nouveau les trois coups ?
 
 
PmM
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