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Bien sûr
que ça s'agitait ferme dans la banlieue, mais bon fallait
pas exagérer, des poursuites en voiture y'en avait quand
même pas mal, autant que dans tout bon roman policier qui
se respecte, et ça n'étonnait plus trop les populations
autochtones. Alors le démarrage en catastrophe de Malik dans
sa Seat Ibiza ne détonnait pas particulièrement dans
cette matinée paisible, surtout que celui-là, vous
m'avez compris, avec tous ses petits trafics, ça lui arrivait
plus souvent qu'à son tour de bondir de sa fenêtre
et de démarrer sa caisse sans fermer la portière.
Et puis sa voiture, on la repérait de loin, avec sa jolie
couleur or foncé, peinture dix couches plus le vernis, jantes
en alliage et pneus taille basse et tout le fourbi des élargisseurs
d'ailes et des échappements chromés au service d'un
poussif moteur espagnol à peine modifié. Malik démarrant
en trombe, la belle affaire ! Le seul truc bizarre, c'était
cet hippopotame en peluche qu'il serrait convulsivement contre son
coeur...
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Evidemment,
il était tout aussi banal que la fourgonnette banalisée
de la police se lançât à la poursuite de Malik,
tout gyrophare amovible sorti, complètement inconsciente
de la destruction inéluctable de sa couverture, qui de toute
façon avait été éventée dès
le premier jour de planque par l'inspecteur Ponduc, celui-là
même qui avait perdu sa carte de police devant les portes
grises du véhicule. Le démarrage rageur de la camionnette
laissa pantois les deux gosses qui s'amusaient à fignoler
des inscriptions humoristiques sur la portière droite, au
grand futur dam des services de nettoyage de la police qui ne sauraient
jamais ce que Marcel du B4 avait de gros à offrir à
Yasmina du C7. Peut-être un bouquet ? Qu'importe ! L'important
pour nos deux inspecteurs était de coincer Malik et de ramener
la perle.
C'était
aussi le but de Melle Caruso et de Jean-Michel qui venaient tout
deux de démarrer les moteurs de leurs voitures respectives,
un splendide cabriolet Z3 pour la première et une 205 banale
pour le second (récemment ornée il faut bien le préciser
d'un magnifique inscription à la gloire des nichons de Josette,
qu' y' a pas plus doux sur terre, paraît-il). Les deux véhicules
s'inséraient dans la circulation avec toutes les précautions
d'usage, et peut-être un rien de nervosité de la part
de Jean-Michel (qui écrasa un teckel) et un rien de nonchalance
pour Melle Caruso qui écrasa les doigts de pieds de deux
loustics occupés depuis un petit moment à caresser
la carrosserie de la belle avec dans les yeux la lueur de concupiscence
de ceux qui vont bientôt passer à l'acte. Quant à
notre ami journaliste Larick, il essayait désespérément
de faire démarrer le scooter du journal, rétif à
la sollicitation trop brusquée, ce qui après tout
était plutôt positif puisque cela avait également
découragé le voleur qui avait précédé
Larick d'à-peine quelques minutes.
Et la poursuite
commença, très classique.
La Seat Ibiza
de Malik brûlait les feux, tournait abruptement dans les ruelles
les plus obscures en faisant crisser ses pneus de manière
tout à fait incroyable (d'ailleurs personne ne le croyait,
tout le monde savait bien que Malik utilisait des enregistrements
de bruits de moteur Ferrari et de feuilletons américains
pour les pneus, enregistrements qu'il poussait à fond sur
les multiples haut-parleurs de l'autoradio surpuissant qu'il avait
passé de nombreux après-midis à tester sous
les fenêtres de ses voisins depuis longtemps réduits
à l'achat en quantité industrielle de boules quiès
et autres calmants, elle est pas un peu longue cette parenthèse,
bon je la referme), zigzagant entre les plots et les piétons
qui barraient l'accès à certains trottoirs pourtant
largement praticables, bousculant quelque peu quelques véhicules
mal placés (en gros, sur la route) à la grande détresse
de Malik qui pensait très fort à sa belle peinture,
à ses belles jantes, à ses enlargisseurs d'aile patiemment
ajoutés. Mais Malik pensait encore plus fort à la
perle, à cette perle magique qui lui avait donné une
virilité flambante prête à embrocher tout ce
qui serait passé à sa portée (même un
2be3, tiens !) et qui surtout, surtout, pouvait lui rapporter beaucoup
d'argent ; Malik s'efforçait d'ailleurs de ne plus penser
en milliers, mais en millions. Et cette perle déféquée
par un éléphant lointain, Malik l'avait cachée
dans l'anus décousu de son hippopotame fétiche (ô
subtil bégaiement de l'histoire !) et comptait bien l'emmener
avec lui le plus loin possible de la meute de pète-couilles
accrochés à ses basques.
Accroché
au volant, Varland s'efforçait de suivre le rythme fou de
la Seat, tandis que Ronnaf ne cessait de se péter les dents
sur le Saint-Christophe en fonte forgé que l'inspecteur Ponduc
avait accroché au pare-soleil. Ça jurait ferme dans
l'habitacle, Varland évitait de justesse une vieille avec
un cabas, mais ne faisait pas autant de sentiments pour quelques
voitures innocemment garées en stationnement interdit. Il
se croyait un peu dans Arkanoïd, et espérait très
fort le triple bonus sous la forme d'une arrestation bien méritée.
Dans le rétro, il voyait une béhème bleue le
suivre souplement, avec au volant la rouquine les cheveux au vent,
fauchant ça et là quelques coeurs et quelques corps
dans un style chaloupé et implacable. Il y avait aussi une
205 qui suivait la rouquine avec un style nettement plus martial,
nettement plus percutant. D'ailleurs, l'étalage d'une marchande
des quatre-saisons, un panneau de signalisation propriété
de l'Etat, un vieillard hors-d'âge, une deux-chevaux malencontreusement
situé au milieu de la chaussée, une poubelle, une
moto-crotte de la ville, son conducteur et enfin quelques chiens
à mémères n'y avaient pas résisté.
Soudain, tout
s'accéléra : surgissant d'un chemin à peine
carrossable entre deux terrains vagues, un scooter fou - en lequel
les plus perspicaces de nos lecteurs auront reconnu le scooter du
journal de Larick, miraculeusement démarré et conduit
à travers des raccourcis innommables par le susdit - traversa
brutalement la route en dérapant de la roue arrière
devant le nez de Malik, qui poussa un juron absolument intranscriptible
et tourna simultanément son volant, provoquant une terrible
embardée de la Seat. Malheureusement pour l'apprenti gangster,
sur le chemin qu'empruntait bien involontairement sa voiture se
trouvait un car de police qu'il percuta sans grâce dans un
fracas propre à rameuter tous les pandores des environs.
Pandores, qui pour une fois arrivèrent sur les lieux de l'accident
avant les pompiers, vu que la plupart étaient coincés
dans le car de police retourné.
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Tandis que Melle
Caruso et Jean-Michel, les dents grinçantes et les poings
serrés, contemplaient de loin le carnage, au-delà
du cordon policier protégeant l'amas de tôles et de
peinture dorée, Ronnaf et Varland donnaient toutes une série
de directives aux pompiers et aux renforts policiers. L'extraction
de Malik, assez délicate, avait permis de constater que le
fourgue était encore vivant, malgré le dé en
peluche géant qui s'était enfoncé dans sa gorge
et le haut-parleur de vingt-cinq kilos qui lui avait brisé
les côtes. Dans un demi-coma, on l'évacuait maintenant
vers l'hôpital de Vaulx-en-Velin. Dans la ferraille, ni Ronnaf,
ni Varland ne réussissaient à trouver la perle. Cet
échec, ajouté aux dégâts commis par l'équipée
sauvage et aux blessures argousines des occupants du bus renversé
rendait l'ambiance un peu morose : dans son ensemble, la maréchaussée
tirait un peu la gueule.
Et Larick ?
Il vagissait faiblement dans une flaque de boue, après que
son scooter incontrôlable se soit encastré dans un
tas d'ordures. Mais personne ne s'intéressait à lui.
Et Youki ? Il
faisait à présent les délices de Lucienne de
la cité des hortensias. En passant avec sa maman à
coté des lieux de l'accident, elle avait ramassé l'hippopotame
éjecté de la voiture (il n'avait pas sa ceinture),
l'avait soigné et le dorlotait maintenant dans sa petite
chambre du 7ème étage de la tour B.
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