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| Alors vous
voilà en vacances, sans une thune, scotché à Paris, oublié de tous
vos amis, mais bien décidé à compenser votre frustration en consommant
une hollandaise croustillante, une blonde danoise, une espagnole charbonneuse,
une italienne bouleversante ou une vache américaine. Vous voici sur
le macadam des boulevards, l'œil luisant et le slip propre, prêt à
toutes les conquêtes et à tous les frissons. Halte-là ! Ne partez
pas dans cette aventure sans lire l'indispensable guide du dragueur
à Paris que nous avons concocté pour vous... |
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| Le Repérage |
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Il n'y a pas
d'amour de vacances heureux sans une bonne préparation géographique
et tactique. Pour aller au charbon, vous devez trouver les bons filons,
les gisements de chair fraîche. Evitez Montmartre, mais écumez l'île
de la Cité. Prenez l'air dégagé du parisien vrai de vrai, du jeune
trop cool, étudiant en littérature (sachez de quoi parle le livre
que tiendrez sous le bras, par exemple un tome de Hugo, évitez Sade,
c'est trop voyant), propre sur lui (pas de veste en velours pleine
de pellicules).
Accentuez le coté Titi parisien (mais pas Titi et Gros-minet), en
traversant en catastrophe devant les voitures (ne vous faites pas
renverser, vous auriez l'air stupide avec votre look de jeune intellectuel
trop cool mais mort, votre livre de Sartre incrusté dans le bras)
et adressez-vous aux gêneurs de tout poil avec un énorme " Deeuuu
Quoi ? ".
N'oubliez pas de fréquenter les terrasses de café, mais évitez de
prendre un double pastis. Optez de préférence pour le diabolo-gin,
qui est plus discret et redoutable lorsqu'on est assis au soleil.
A ce propos , ne mettez pas de lunettes de soleil, elles masqueraient
l'intensité troublante de votre regard, sauf si vous êtes borgne et
astigmate. Bref, souriez l'air décontracté, tout en cataloguant sans
pitié toutes les proies qui passent à portée, et n'oubliez de prendre
de temps en temps des airs inspirés.
Autre technique : la battue. Quelques amis jouant du cor de chasse
rabattront les troupeaux de touristes frémissantes vers une terrasse
de café sur laquelle vous serez posté à l'affût, le pantalon moulant
et le sourire éclatant mis en valeur. Quelle habileté ! |
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| L'Approche |
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Vous vous en
doutez, tout dépend de ce moment crucial. Vous ne devez ni avoir l'air
d'un dragueur (la palme de l'originalité : " Vous êtes en vacances
? "), ni d'être tombé de la lune (" Heumpf... Heu.. Bonj..glups...
our...heu "). Soyez sûr de vous : dites-vous bien que toutes ces étrangères
sont plus ou moins barbares, qu'elles sont en admiration devant notre
pays et notre culture, et qu'elles aimeront votre coté français authentique
(laissez tomber tout de même le sandwich camembert/ail si vous êtes
au bistrot).
Adoptez des techniques inédites qui les estomaqueront. Par exemple,
déposez devant elle, sans un mot, l'air mystérieux, une rose rouge,
puis allez l'attendre trente mètres plus loin, sans la regarder, l'air
dégagé. Elle sera bien vite auprès de vous, ou alors ce sera son petit
ami, qui était parti commander à boire, et qui est lutteur professionnel.
Pour être plus explicite, vous pouvez rajouter une banane à la rose,
ou une figue.
Autre technique : vous lui demandez de vous prendre en photo, puis
vous la prenez en photo avec son appareil, puis vous vous faites prendre
en photo par un japonais avec elle, puis une photo d'elle avec votre
appareil, puis une photo d'elle et du japonais, puis une de vous et
du japonais, et vous l'achevez en lui offrant l'appareil du japonais
que vous avez subtilement échangé contre le votre, totalement factice.
Elle sera fasciné par votre dextérité, indice d'une grande sensualité
(évitez les clins d'œil trop appuyés tout de même, ainsi que les japonais
champions du monde de judo en vacances à Paris).
A partir de là, c'est pratiquement dans la poche ! Sacré futé
! |
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| Le Grand Jeu |
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Pour la draguer,
pour lui plaire, pour l'intéresser, pour la séduire, bref pour l'emballer,
il faut faire preuve de pugnacité, de délicatesse et d'un zeste de
cette délicieuse vulgarité qui a fait notre réputation tout autour
du monde. Oeil de velours, main frôleuse, regard appuyé, clin d'œil,
sourire ravageur, toute votre panoplie de mâle conquérant doit être
utilisée le plus rapidement possible. Evitez tout de même de tout
faire en même temps dans la première minute, vous allez ressembler
à un clown atteint de la maladie d'Alzheimer.
Racontez des histoires drôles, surtout si vous ne parlez pas un mot
de son dialecte de sauvage. Faites de grands mouvements comme si vous
étiez saoul, hurlez au ciel et griffonnez des hiéroglyphes dans votre
carnet, elle vous prendra pour une réincarnation locale d'Hemingway.
Parlez de Sartre, de Duras, de Flaubert, d'Yvette Horner et de Mitterrand
(attention, pas de Chirac, à moins de discuter avec une étrangère
de type corrézien).
N'hésitez pas à faire quelques blagues salaces, comme celle de Pamela
Anderson et du salami. Mais prudence ! Il ne faut pas l'effaroucher
: faites-lui comprendre que vous êtes intéressé par sa langue natale,
que l'échange culturel est ce que vous recherchez en priorité (même
si vous votez Front National), qu'elle est une ambassadrice de charme
de son si charmant pays et qu'elle a vraiment de beaux nichons. Prenez
quelques renseignements discrets sur son séjour en France : est-elle
seule, où vit-elle, fait-elle partie de l'équipe nationale de karaté
? Quand elle est à point (légèrement grésillante), commencez à suggérer
l'idée que peut-être éventuellement la soirée pourrait se poursuivre
de manière plus intime avec alcool léger, musique douce et tripotage
expérimenté. Soyez sirupeux et viril, genre Omar Sharif. Mais ne lui
déclarez pas tout de go " le tiercé, c'est mon dada ", elle ne comprendrait
pas l'allusion.
Si elle vous laisse l'embrasser, c'est tout bon, par ici la bonne
soupe ! Sacré dragueur ! |
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| La Nuit |
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Tout d'abord
un sain précepte : ne ramenez jamais votre conquête chez vous. Vous
avez envie de l'avoir dans les pattes pour toute la durée de ses vacances
? Vous avez envie de carboniser tous vos futurs autres coups ? Bon,
vous voyez.
Accompagnez-la plutôt dans son auberge de jeunesse, dans son hôtel,
dans le studio qu'on lui prête et repérez soigneusement les lieux
pour préparer votre fuite (voir La Fuite). Après ces heures harassantes
de préparation, de discussions et d'emballage, vous voici au moment
crucial, exactement là où vous vouliez en venir, prêt à vous en payer
une bonne tranche. Attention, vous pouvez encore tout foirer à ce
moment-là ! Alors délicatesse et vaseline ! Prévoyez des préservatifs
: vous enfilerez le premier sur la tête pour la décontracter et la
faire rire. Soyez passionné, un rien brutal et fantaisiste. Déclamez-lui
des poèmes en la baisant comme un cosaque. Attention, avant de parler,
n'oubliez pas d'enlever le premier préservatif.
Attention aux fautes de goût : ne faites pas le coup du cornet à une
belge, ni la moulinette perse à une américaine, ni le coup du purgatoire
à une italienne, ni la marche turque à une grecque. Refrénez vos habituelles
pratiques et plaisanteries franco-françaises : pas de tapes sur la
croupe en braillant " Bon Gu !", pas de sodomie d'entrée de jeu sans
accord préalable (et de préférence sur papier timbré avec les américaines),
pas de barattage multi-digital à haute fréquence sans s'être lavé
les mains. Moyennant quoi, l'expérience devrait être agréable pour
vous et votre partenaire d'un soir, quoique elle, on s'en fout un
peu finalement, non ? Espèce de salaud ! |
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| La Fuite
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Et maintenant,
la partie la plus délicate. Fuir ! Fuir pour éviter qu'elle ne s'attache,
qu'elle vous aime, qu'elle veuille s'installer en France pour vivre
avec vous, ou pire, que vous tombiez amoureux. Alors là, pas d'hésitations
! Soyez indélicat ! Si vous préférez être expulsé manu militari plutôt
que d'avoir à trouver une excuse, essuyez-vous sur le chaton en peluche
qu'elle aura forcément accroché à son sac à dos. Résultat garanti.
Si vous préférez laisser une bonne image de vous (ce qui sera difficile,
à cause du coup du préservatif ou de la claque sur la croupe), essayez
de vous défiler avec une excuse plus ou moins alambiquée, comme "
je dois aller au travail " ou mieux " je dois aller voir mon médecin
pour cette histoire d'écoulement purulent ". Evitez " ma femme m'attends...
".
Si cela ne marche pas, attendez qu'elle soit endormie. Au besoin,
endormez-la un peu avec une petite manchette derrière la nuque. Si
son sommeil est profond, vous pouvez en profiter pour voir ce qui
traîne dans ses poches. Les passeports se revendent bien. Dans tout
les cas de figure, soyez un gentleman. Laissez lui un petit mot qu'elle
découvrira plus tard (ou en se réveillant avec un bon mal de nuque),
petit mot où vous l'assurerez que vous ne l'oublierez jamais, qu'elle
est unique mais que vous devez partir car elle ne sait pas tout. Pour
éviter d'avoir à l'écrire à chaque fois, vous pouvez en faire une
photocopie. Sortez avec discrétion, sans vous prendre les pieds dans
la poubelle métallique. Espèce de lâche ! |
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Conclusion
Si vous avez suivi tous nos conseils, vous devriez vous payer une
orgie de touristes étrangères. C'est bien. C'est très bien. Et maintenant
regardez-vous en face. Est-ce que vous êtes content de vous ? Est-ce
que cela vous a rendu meilleur ? Et Dieu dans tout ça ? Est-ce que
vous n'avez pas heurté quelques uns des préceptes de votre culture,
comme " Tu ne forniqueras point comme un goret sous prétexte de faire
connaître la France ". Allons, allons, le temps du repentir est venu.
Envoyez leur une carte d'excuses. Faites votre auto-critique. Et promettez
de ne plus recommencer. L'année prochaine, c'est décidé, vous partirez
en vacances dans la caravane de vos parents, faire du camping en famille.
Ou alors peut-être en Grèce ou en Hollande... ? |
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| Note du
rédacteur en chef : au nom de l'équipe, je tiens
à présenter mes excuses pour cet article lamentable,
dont l'auteur a été exclu du magazine séance
tenante et abattu dans la cage d'escalier. |
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