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| Le texte que vous allez lire a été traduit avec difficulté à
partir de manuscrits très anciens, gravés par des pattes malhabiles
dans des tablettes d'argiles irrégulières. La langue utilisée
était difficile à déchiffrer, proche du copte et de l'hébreu.
Tout ça pour dire que c'est du sérieux. Nous avons illustré ce
texte par les inévitables photos des héros de la geste que vous
venez de lire et que le texte suivant achève. |
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Or donc, le Teckel céleste prit
un peu de boue sur la terre des hommes pour faire une créature
à son image, obéissant en cela aux injonctions divines du maître,
transmises par la laisse d'étoile1.
Avec la terre, et avec un peu d'eau des montagnes andines2, il façonna un boudin d'argile allongé qu'il roula longuement
sur son plan de travail. Avec l'habileté d'un souffleur de verre3, il esquissa la tête en pinçant l'avant4 et la queue en étirant l'arrière5. Puis il ajouta les pattes avec des chutes d'argile, hésita
pour la place et la longueur des oreilles6.
Pour améliorer son oeuvre, il décida de la couvrir de faïence
verte pour la protéger : il choisit une teinte verte et pâle,
comme la sueur des arbres de la forêt, les plumes des serpents
de ses rêves7.
Puis il déposa sa création dans le souffle chaud de son four8.
Le four était trop chaud : la faïence s'échauffa, commença à fondre
et à foncer, puis à se craqueler9.
Lorsque le Teckel Céleste sortit la créature du four, il constata
l'échec de sa tentative, il constata que la chaleur avait déformé
son oeuvre10, il constata que la faïence formait une répugnante couche
verte toute écaillée11. Dépité, dégoutté, il jeta son modelage par dessus son échine
sur la terre en contrebas.
Reprenant son courage à deux pattes, il refit son modelage12, sans y adjoindre la funeste faïence, baissa la
chaleur dispensée par son four et réussit alors son oeuvre : le
Teckel13. La douce chaleur avait cuit la glaise modelée, et lui avait
donné la douce couleur d'ambre foncé du sucre cuit14.
Sur la terre, le Teckel, dans sa vie de délices et de tribulations,
fut souvent en butte aux attaques sournoises d'un être contrefait,
jaloux, innommable parce qu'innommé15. Le nom de cet être ne fut fixé que fort tard.
En teckel, ''varan' veut dire brouillon. |
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| Notes du traducteur / exégète : |
1 - Le mot exact est intermédiaire
entre corde et traînée.
2 - La métaphore 'les montagnes dont le sommet et la base sont
noyés dans l'eau' désigne les montagnes de l'Amérique du Sud.
C'est cette métaphore qui est employée dans le texte original.
3 - Cela peut sembler anachronique, mais les oeuvres sorties de
l'île de Murano sont intemporelles. Hélas.
4 - Du boudin.
5 - Du boudin.
6 - D'où les bassets, par ailleurs bien différents des teckels.
7 - Les arbres suent, les serpents ont des plumes. C'est comme
ça.
8 - Four conique à bois, très probablement.
9 - D'après Techniques et méthodes de la Faïence
de Ronan Hervouet.
10 - Les oreilles étaient tombées, la queue pendait.
11 - Littéralement : 'ressemblait à la fiente maudite des pigeons
répugnants et aux écailles des poissons les plus gluants'.
12 - Un boudin.
13 - Le terme original est exactement le même que celui utilisé
pour désigner le Teckel Céleste, preuve que les Teckels ont été
faits à son image.
14 - C'est à dire du caramel.
15 - Vous l'avez reconnu ? |
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Le
Varan, ambigu et sournois, baisse les yeux devant
son ennemi. Il prépare sans doute un mauvais coup.
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Le
Teckel, fier et altier, contemple l'horizon, solidement
campé sur sa planche à repasser.
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