Nouvelle à suivre
 

Elles arrivèrent, solidement encadrées par deux uniformes bleus qui contrastaient de manière étonnante avec les robes de chambre moirées que Lisa, Mary et Morgane avaient enfilées en hâte à l'arrivée de la maréchaussée. Elles étaient un peu perdues, le décès de leur tuteur semblaient les plonger dans la même perplexité que le bébé phoque voyant débouler un norvégien indélicat. Grenier les fît s'asseoir et de sa voix de stentor qu'il savait prompte à rassurer les enfants, il commença l'interrogatoire.

Le lendemain, les rapports des collègues étaient nourris de la plus grande incertitude sur deux-trois règles de grammaire toujours vicieuses et sur les raisons qui avaient pu pousser un commissaire aimé de sa famille et respecté de ses chefs à abattre froidement trois témoins plutôt bien roulées. Dans sa fuite, Francis Grenier avait blessé le planton du divisionnaire Hermosin avant de sauter par la fenêtre dans les très jolis bosquets d'épineux de l'Hôtel de Police du Rhône. La fouille de son bureau n'avait rien révélé de plus qu'une lecture assidue du Nouveau Détective et une consommation exagérée de drogue douce. Autant vous dire que ça pédalait dans la panade chez les flics et que les trois lycéens qui avaient volé des disques de rap au mégastore ne la ramenaient guère, ce qui de toute façon ne les empêcha pas d'être interrogés avec une rigueur toute répressive.

Pourtant, il y avait quelqu'un que tout cela ne troublait guère. Pendant que tous les flics du coin investissaient les clandés tranquilles du vieux Lyon, l'oeil brillant au milieu des fanfreluches et des décors rococos, Jean-Michel astiquait avec soin le vieil automatique que des parents peu portés sur la moralité lui avaient offert pour son quinzième anniversaire. Sa mise en train matinale accomplie (vérification du matos et quart d'heure de dessins animés bas de gamme), il passa son bombers et sortit de la petite chambre d'étudiant qu'il louait près du Parc de la Tête d'Or. L'automatique bien calé sous l'aisselle, il alla comme tous les matins depuis son arrivée à Lyon dire bonjour aux éléphants. Il croisa une bande d'étudiants braillards avant d'arriver devant la large fosse où les gros pachydermes ne savaient pas qu'ils couvaient d'un oeil rond et placide une très belle ordure. Le lendemain, le commissaire Grenier avait à son tour assuré le couvert aux vigoureux rongeurs des quais. Un léger vent de panique souffla sur la maison poulaga.

A suivre...

 
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