Ville de la peur Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de René Belleto - J'ai Lu
 

René Belletto est un auteur lyonnais qui a su transcender le statut un peu ambigu " d'auteur attaché à une ville " (qui produit souvent des auteurs incapables de sortir du moule de leur premier roman) pour écrire de splendides romans policiers. Plusieurs ont été adaptés à l'écran (ce qui n'est pas une référence, mais heureusement ce ne sont pas les meilleurs) et l'ensemble présente une cohérence très forte imprégnée des éléments culturels personnels de Belletto.
La force de cet auteur est d'avoir su ancrer ses histoires prenantes et tragiques dans le quotidien méconnu d'une ville bien particulière ; il réussit à rendre parfaitement l'atmosphère de Lyon (qui n'attendait qu'un auteur de cette trempe pour révéler certains traits obscurs de son caractère, bien loin des clichés guignolesque et cochonailleux) , cette ville de dédales et de rencontres, assoupie dans un sommeil lourd de notable repu à peine troublé par les cris des sauvageons parqués en banlieue.

Pourtant, ses deux derniers romans Régis Mille l'éventreur et Ville de la peur, même s'ils témoignent encore de l'art consommé de Belletto à entremêler les narrations et les vies de ses personnages, font preuve d'une artificialité assez dérangeante à mon goût. Les références constantes aux techniques de la HiFi sont par exemple complètement plaquées sur le récit et franchement pénibles ; d'autres sujets, qui visiblement lui tiennent à cœur sont abordés avec le même angle, surajoutés dans le cours du récit qui perd alors beaucoup de sa force. L'utilisation de " recettes " éprouvées dans ses précédents romans est probablement la cause du manque de souffle de ces deux volumes, faute d'une petite étincelle catalysatrice que Belletto nous offrait jusque là.

Car Belletto est tout de même l'auteur de romans magnifiques, souvent tragiques dans leur description d'une certaine décomposition sociale, mais toujours optimistes dans leur foi en l'homme (sauf un, particulièrement sombre). Il faut lire l'Enfer pour découvrir l'atmosphère bien particulière de Lyon en été, il faut lire Sur la Terre comme au Ciel et Le Revenant pour leur clarté tragique, pour goûter la force singulière qui se dégage de ces histoires qui semblent simples. Autour de ses passions, autour de ses craintes, Belletto construit un monde doux-amer, des personnages attachants et des histoires passionnantes. Pour en savoir plus, consultez le site de Julien Brunel, un inconditionnel de Belletto.

 
PmM
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