Un anthropologue en déroute Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Nigel Barley - Payot
 
Les trois livres de Nigel Barley (Un anthropologue en déroute, Le retour de l'anthropologue, L'anthropologie n'est pas un sport dangereux) sont si drôles que l'on a parfois du mal à croire qu'il s'agisse d'ouvrages écrit par un ethnologue. Cela tient parfois plus d'une satire scientifique écrite par Woody Allen que des récits de voyages ethnologiques, dont on retient souvent qu'ils ne sont que d'abominables pensums cumulatifs, noyant sous la masse des détails les structures globales et empêchant le profane de retenir les quelques faits essentiels qui seraient pourtant les seuls à l'intéresser (les détails devant de toute évidence rester dans le domaine du seul spécialiste). Entre somme indigeste et vulgarisation ennuyeuse, le livre ethnologique a souvent peu de moyen terme, comme si les auteurs balancaient entre la tentation de s'adresser uniquement à leurs confrères ou bien au plus grand nombre forcément ignare. Bien sûr, certains auteurs compensent par l'attrait de leur style les trop longues digressions, rendant les descriptions exhaustives aussi plaisantes à lire qu'une description de Zola. Mais ceux-là sont rares, et finalement, les lecteurs préfèrent aller puiser leur références ethnographiques dans les livres des voyageurs-poètes, plus sommaires scientifiquement parlant, mais tellement plus proche du véritable plaisir du voyage que l'on souhaitait pouvoir confronter aux expériences des vrais ethnologues. Les deux styles devraient pourtant pouvoir coexister et être lu avec autant de plaisir, voire se rejoindre…
Et c'est ce que réussit Nigel Barley. Son expérience ethnologique racontée avec humour porte parce qu'elle ne borne pas à décrire : elle fait également ressentir les profondes différences sociales sans masquer la commune condition d'être humain de l'auteur, du lecteur et du sujet de l'étude. C'est un vrai plaisir de rire de ses déboires avec les dowayos. C'est un vrai plaisir de terminer un livre comme celui-là et de mieux comprendre ce qu'est l'Afrique, ou plutôt de mieux comprendre pourquoi ses propres idées reçues sont ridicules, de comprendre en quoi elles sont précisément des idées reçues. Cela ouvre l'esprit pour ne plus par la suite en être la victime, ou le propagateur.
 
PmM
Oh Oui ! vos réactions Ah Non !
Voir les autres textes de cet auteur - Envoyer ce texte à un ami
KaFkaïens Magazine - Tous droits réservés