Les livres
d'Alain Turgeon tiennent autant du roman que de l'expérimentation
littéraire, du journal nombriliste ou du recueil de poésie.
Lorsqu'on comprend
qu'il est venu du Québec, fuyant une carrière d'ingénieur
qui l'angoissait, on se dit que le québécois, c'est
plein d'inventions et d'expressions désuètes qui confèrent
une nouveauté rafraîchissante. A se demander si le
pays n'a pas été colonisé par des cargaisons
de poètes (comme d'autres l'ont été par des
religieux chiants à mourir).
Mais non, s'il
y a certainement des traces de québécois, l'inventivité
de son style lui est propre. Ses livres sont truffés de trouvailles
qui vont du calembour rigolo ("l'homme qui murmurait à
l'oreille des cheveux") au raccourci minimaliste.
Car il ne faut
pas chercher dans une trame narrative fournie, un suspens ou dans
d'autres traits du roman les raisons d'acheter et de lire ses livres.
TNT, par exemple, n'a aucune structure, juste le mélange
d'un thème et de l'acte d'écrire sur ce thème.
Tu moi en a à peine plus : on distingue deux sous-histoires
sans autres rapports qu'une supposée autobiographie.
Bref, sans trop
savoir pourquoi, j'achète ses livres dès que je les
croise. Peut-être parce cet écrivain-là ne sait
pas où il va, mais qu'il y va et qu'il croisera peut-être
quelque trait de vraie création.
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