Nous connaissons
trop de fats qui savent nous expliquer comment être heureux,
qui connaissent d'infaillibles méthodes pour réussir
sa vie ou atteindre un équilibre parfait entre (choisissez
votre camp) travail et vie personnelle, homme et femme ou encore
teckel et varan. Alain n'a d'autre projet que de discuter plaisamment
de l'art d'être heureux comme on donnerait quelques conseils
d'hygiène élémentaire.
Ce livre paraîtra
ennuyeux à ceux qui, connaissant la chance d'être résolus
et contents d'eux-mêmes, ne savent ni le doute ni le lancinant
pouvoir de l'imagination. Aux autres, qui se perdent quelquefois
dans une vie rêvée, que le sommeil fuit par manque
de fatigue et qui préfèrent imaginer sans fin plutôt
que de faire, ce livre a les qualités d'un bon ami qui remet
les choses à leur place, qui met en garde contre la rêverie
complaisante et l'ennui créateur de tristesse.
Vous vous souvenez
peut-être, dans Illusions perdues, de la lettre qu'envoie
D'Arthez à la soeur de Lucien lorsque celle-ci lui demande
un avis sur son frère. Lucien est un homme de poésie
et non un poète, il rêve et ne pense pas, il s'agite
et ne crée pas. Je suis sûr qu'un Lucien armé
des Propos sur le bonheur aurait fait à Paris d'autres
choix que les siens et qu'il ne se serait pas attiré le désobligeant
commentaire de "femmelette" de la part de cet espèce
de moine tibétain de D'Arthez. Tous ceux qui éprouvent
sympathie et compassion pour Lucien de Rubempré voient de
quoi je parle.
Alain multiplie
les approches, les petits conseils anodins tout en dissertant de
sa belle écriture classique (qu'on croirait presque écrite
impeccablement à la craie sur un tableau noir) de la nature
de ce bonheur que chacun cherche comme un chat perdu dans le 11ème
arrondissement de Paris. Qu'en retenir ? L'art de dormir ? L'irrémédiable
besoin de volonté ? La bonne humeur ? C'est à chacun,
je crois, de saisir dans ces textes les petites idées qui
lui donneront courage. Ce livre est profondément bon.
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