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Vincent Ravalec a écrit plusieurs romans
magnifiques, dont Cantique de la Racaille qui devrait être un bon livre de chevet
pour tout les partisans de tout-répressif, pour peu qu'ils se mettent à réfléchir
un peu (ce qui n'est pas pour demain). Les personnages de Ravalec sont toujours à la frange,
à la limite, situés dans une vision moderne de ce qui pouvait être dans la
littérature du début du siècle le monde des mauvais garçons, ou dans
le cinéma de l'après-guerre le milieu et ses faubourgs interlopes. Avec Ravalec
par contre, il n'y a pas de séparation nette entre ce monde là et le monde du lecteur
; on n'a pas vraiment l'impression d'assister à un spectacle, ni à la mise en scène
d'une caricature d'une société qui nous est étrangère. Peut-être
est-ce un effet de la contemporanité (?) de l'auteur, peut être les spectateurs de
cinéma des années 50 avaient-ils le même sentiment avec les films de Gabin.
En tout état de cause, on prend souvent les péripéties des personnages de
Ravalec en pleine gueule, avec un petit rappel amer à l'injustice à laquelle nous
nous habituons faute de vouloir vraiment nous y opposer.
Au delà de sa peinture sociale contondante (c'est le mot), Ravalec s'envole parfois dans
un lyrisme mystique qui renforce le terrible pessimisme, la vacuité ou la cruauté
de la vie de ses personnages. C'est l'articulation principale de Wendy, où l'héroïne
éponyme, filleule de prostituée, orpheline, est une sorte de Bernadette Soubirous
punk. Cette tendance au mysticisme, Ravalec la laisse libre dans Nostalgie de la Magie Noire,
ce qui confère à ce récit de fin de monde une force prodigieuse, mais en
brouille parfois (souvent) la lecture. La première partie du roman, l'agonie de Paris,
est splendide. La seconde, l'errance du personnage principal dans un monde mad-maxien est plus
quelconque. On serait presque tenté de dire que Ravalec en a eu assez de son roman au milieu
de la rédaction.
A lire : Cantique de la Racaille, Wendy,
Vol de sucettes, Recel de Bâtons, Un pur moment de Rock'n'Roll.
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