Moloch Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Thierry Jonquet - Série Noire
 

Avec Moloch comme avec Les Orpailleurs, Thierry Jonquet a réalisé un de ces petits chefs-d'œuvre de la série noire, un roman policier dense, réaliste, étouffant par moment. Les personnages ont une épaisseur qui vous plonge dans le roman : on suit les déambulations de chacun avec peur, frissons ou attachement. Retrouver les personnages des Orpailleurs renforce cette impression.
L'histoire est dans la veine de cette quasi nouvelle école du polar dont le plus beau fleuron est Les Racines du Mal, de Dantec. L'enquête policière est pimentée de références fantastiques et d'études de caractères : les malades mentaux, caractériels ou psychopathes y sont légion, comme pour mieux explorer la décrépitude intérieure d'hommes à la dérive, reflets peut-être déformés d'une société en faillite. Violence, fanatisme, meurtre ne sont que des symptômes d'un mal plus grand, du Mal peut-être.

C'est la caractéristique du roman noir moderne : on ne nous fait plus découvrir les abîmes de noirceur des individus en marge (sous-entendu d'un monde qui lui n'est pas noir), mais les dérèglements de ceux qui sont soumis trop brutalement aux effarantes laideurs d'une société humaine dont les lois réelles sont plus proches de la loi du plus fort que de l'esprit des lois. La terreur économique ne fait pas que des chômeurs sans espoir ou des sdf mourant de froid entre deux cartons, elle crée aussi les conditions favorables à l'expression des sentiments bestiaux qui sommeillent et parfois se réveillent. En somme, un monde de bêtes avec de moins en moins d'humains, un monde de bêtes qui nous transforme par sa violence.

 
PmM
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