Meurtres pour mémoire Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Didier Daeninckx - Série Noire Gallimard
 
Meurtres pour mémoire pourrait servir de contre-exemple aux quelques réflexions développées plus haut sur les polars. Il est si bien ficelé que l'on ne s'intéresse qu'au coeur de l'action, sans pour cela que les détails soient gommés un seul instant. Je ne sais pas si vous avez rêvé comme moi, dans votre adolescence, d'une 'machine', d'un objet indéfinissable que vous posséderiez, lourd, complexe, compliqué, logé dans votre main et qui battrai les pulsations secrètes des cristallisations de vos désirs. Et bien Meurtres pour mémoire me fait penser à cet objet, tant l'assemblage des scènes, des lieux, des actions et des personnages est parfait.
Didier Daeninckx est un maître dans la marqueterie de l'écriture : tout les éléments de son roman sont si bien imbriqués qu'ils donnent à l'oeuvre une apparence de vérité étonnante. Entendons-nous : je ne parle pas du fond, de l'affaire traitée dans le livre qui reprend des éléments de la vie réelle, mais de la forme, qui est par définition artificielle (dans le sens de non-réelle). C'est cette forme qui respire paradoxalement la vérité. Et c'est du à une multitude de détails ajoutés au bon moment dans le cours de l'histoire, aux idées et aux impressions qui fusent, comme si nous étions dans la peau du narrateur et que nous pensions avec lui. Cette utilisation précise du détail est d'ailleurs 'avouée' par l'auteur lui-même, qui l'utilise comme scène finale (la découverte d'un détail cristallise les différentes trames de l'histoire et les pensées des deux principaux personnages). La trame historique de l'histoire (tournant autour de l'histoire de Drancy et de son sinistre camp) soutient l'ensemble de l'oeuvre. L'évocation de la sanglante répression policière de la manifestation algérienne de 1961 à Paris, qui constitue la deuxième trame historique de l'histoire, constitue une évocation bienvenue de cet épisode peu glorieux de la guerre d'Algérie. Sans verser dans le pamphlet, Daeninckx décrit sans romancer et donne envie d'en savoir plus. A travers ces deux trames, la question de la manipulation de l'histoire se pose : manipulations louches destinées à masquer les passés de fonctionnaires bordelais trop zélés (et devenu haut responsables à la préfecture de police de Paris...), manipulations politiques de la vérité pendant une guerre masquée (où l'on retrouve le même haut fonctionnaire). Tout cela est très salutaire. Vous l'avez compris, ce livre est un petit bijou.
 
PmM
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