Mémoire courte Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Nicolas Rey - Au Diable Vauvert
 
Ce n'est pas sans appréhension que l'on découvre les premières pages de Mémoire courte. Le premier opus de Nicolas Rey, Treize minutes, avait en effet été édité en poche dans la collection Nouvelle Génération de J'ai lu, collection trash et provocatrice alors dirigée par Marion Mazauric, dans laquelle elle avait également publié Despentes. En montant sa propre maison, Au Diable Vauvert, Mazauric est parvenue à conserver Rey, qui y publie donc son deuxième ouvrage, et à s'assurer des débuts en fanfare, Mémoire courte ayant obtenu le prix de Flore. Lequel prix compte parmi ses lauréats Despentes, Dustan, etc… Bref, on s'attend à un livre cru, provoc, faisant montre de drogue, de cul, et d'amoralité, autrement dit, par les temps qui courent, un livre ennuyeux et consensuel…
Le temps d'une trentaine de pages, on craint de ne pas s'être mépris sur le tableau : Gabriel boit (des " morts à Paris "), fume (pas que des cigarettes), et sniffe (de la coke, évidemment). Le livre s'ouvre sur son mariage avec Sophie, qu'il ne parvient pas à assumer : il l'aimait, il ne l'aime plus, veut en aimer d'autres, etc… On atteint des sommets de mauvais goût lors de la cérémonie, qui oppose déplorablement deux lieux archi communs : la famille très bourgeoise (" Définition du papa de Sophie : grand chirurgien, chauve, protestant comme sa femme avant lui […]Monsieur ne se marre qu'en écoutant Boby Lapointe. Le fric est ainsi fait qu'il bousille tout "), snobant la famille très prolétaire (" Ce groupe n'a rien a voir ni avec l'intendance, ni avec une faute de goût. Honneur au pire de tous : mon papa. Trente années de carrière comme représentant chez Michelin, prince de la gomme, du joint de culasse et du jaja, accro des films de guerre, raciste comme pas deux ").
Passées ces trente pages, pourtant, le livre trouve son rythme et remise les clichés pour devenir parfois franchement émouvant. Le récit de Gabriel laisse deviner, avec beaucoup d'habileté de la part de Rey, la souffrance de sa femme, comme le mal-être des autres personnages. D'une façon générale, l'histoire en elle-même est une illustration assez lourde, mais jamais ennuyeuse (comme le dit la 4ème de couv, " ça se lit très facilement ") d'un thème qu'en revanche il traite admirablement au gré du récit et de ses personnages, Gabriel bien entendu, mais également son nombreux entourage. Thème des aspirations déçues, des rêves jamais réalisés, de l'adolescence qui s'en va, etc… Tout cela, Rey l'évoque en creux avec beaucoup de force et de sincérité, sans jamais sombrer dans le pathos ni dans l'excès que pourrait laisser craindre son style. Bref, un livre qui se paie le luxe d'être à la fois dans l'air du temps et inattendu, très bon en définitive. Après le magnifique Pas de temps à perdre de Régis de Sa Moreira, joli coup du Diable Vauvert !
 
GF
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