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Martin Amis
est présenté sur la quatrième de couverture
comme le Céline contemporain anglais, ce qui est peut-être
légèrement abusif, même en tenant compte de
son roman prodigieux La flèche
du temps. En lisant London Fields, le sentiment d'avoir
affaire à un auteur d'exception ne s'estompe pas. La virtuosité
de la construction du livre, le parti-pris narratif qui nous projette
dans le coeur même du livre sont les marques indiscutables
de la stature littéraire de leur auteur. Le noeud des relations
qui se nouent entre les personnages est passionnant à explorer,
même si l'auteur nous en laisse peu la latitude. La référence
permanente à son propre travail d'écriture, à
travers le personnage de l'écrivain manipulateur qui ne sait
plus très bien ce qu'il manipule, introduit une dimension
surprenante dans la complexité des mises en perspective du
livre, à tel point qu'il est parfois difficile de savoir
si l'on acteur, lecteur, écrivain du livre. Le personnage
du joueur de fléchettes est incroyablement bien campé,
celui de la séductrice machiavélique terriblement
ostentatoire. L'interaction des personnages nous plonge dans cette
ambiance londonienne des faubourgs, dans ce mélange de sensations
et d'impressions qui constitue l'atmosphère de ces London
Fields qui donnent leur nom au roman.
Mais malgré
ce brio, le roman se traîne. Le manque de compacité,
les longueurs et les rabâchages gâtent le plaisir de
la lecture. On se surprend à sauter des paragraphes. La fin,
annoncée par l'auteur dès les premières lignes
du livre, n'apporte pas le plaisir escompté, celui que l'auteur
avait savamment attisé dans les chapitres qui nouaient progressivement
les relations, mettaient en place un décor tragi-comique
qui se révèle vide et froid. En définitive,
l'on se retrouve un peu déçu par ce déploiement
d'artifices savants qui ne mène pas au feu d'artifice escompté,
même si l'on reconnait en son for intérieur que London
Fields est sans doute le livre récent le plus étoffé
et le plus construit que l'on aie lu depuis bien longtemps.
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