Difficile,
ami lecteur, de critiquer quoi que ce soit dans ce livre : il fait
partie du patrimoine littéraire mondial, le texte est recouvert
de strates de signifiances, d'interprétations et symboliques
éternelles. On peut s'interroger sur la pertinence de lire
aujourd'hui de si vieux textes. Un lecteur, au cours d'un échange
de mails à propos de science-fiction, me confiait son inappétence
pour ce qu'il nommait la littérature à toile d'araignée,
ce qui est cruel et néanmoins assez drôle. Il pourrait
ainsi y avoir deux types de lecteurs : ceux qui ont lu l'Odyssée
et ceux qui pensent que, connaissant en gros le déroulement
de l'histoire, l'effort n'en vaut pas la chandelle (ou l'électricité
si, contrairement à moi, vous n'habitez pas dans des égouts).
Je me drape à ce moment dans la toge du critique sentencieux
en comprenant l'exacte nature de ma mission sacro-sainte : il me
faut convaincre ceux qui n'ont pas lu les aventures d'Ulysse de
tenter le coup plutôt que de lire, par exemple, le dernier
Werber (attention, je ne dis pas que tous ceux qui n'ont pas lu
l'Odyssée sont des fans de Werber, faut pas déconner,
c'était juste rigolo de mettre côte à côte
Homère et l'autre fada).
Amis, lisez
Homère ! Non seulement c'est assez classe comme lecture de
plage, mais c'est surtout fantastique à lire. Cette crainte
que nous avons tous en face d'un vieux texte classique, cette peur
de visiter un musée poussiéreux et lugubre dans lequel
le seul bruit serait celui de nos pas égarés, cette
trouille d'être seul dans une architecture à moitié
effacée par le temps, je vous assure qu'il n'en est rien.
Je vous le garantis sur facture.
Grâce
en soit rendue à la très agréable traduction
de Philippe Jaccottet, vive et facile. Je lui laisse d'ailleurs
conclure par cette très belle phrase de la préface
à propos de son plaisir de traducteur : "Il y aura d'abord
pour nous comme une fraîcheur d'eau au creux de la main. Après
quoi on est libre de commenter à l'infini si l'on veut".
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