L'homme des jeux Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Iain M. Banks - LIvre de Poche
 
Je pourrais dire tout le bien que je pense de ce très bon roman de science-fiction. Plus que sa résolution - au sens pratique, c'est à dire l'achèvement de l'intrigue - c'est l'intelligence de la construction de Iain Banks qui donne au texte cette impression, si rare en science-fiction, de valeur intrinsèque, de capacité novatrice à appréhender le futur. Comme le monde des A, the running man..., l'homme des jeux met en place une structure sociale basée sur le jeu et son usage comme principe de définition identitaire au sein même de la société : c'est le ludique qui réalise l'individualité. Mais ici - et je parie le PC de notre rédac-chef que Banks a lu l'homo ludus où le jeu est explicitement désigné comme fondement d'une organisation anarchiste et anarchique de la société - il s'agit du jeu pour le jeu, du jeu plaisir et raffiné qui détermine, bien sûr au sein d'une matrice technique ultra-avancée, une véritable structure sociale, bien réelle, anarchiste et individualiste mais cohérente : la Culture. Et Iain Banks est bien un auteur intelligent : en posant le jeu comme fondement du rapport social désintéressé d'une société achevée dans la quête du bien-être matériel et spirituel de ses citoyens, il se permet d'y confronter un stade antérieur, celui du jeu-enjeu, du jeu-affrontement dont la brutalité et le faux raffinement qui masque toujours la cruauté rappelle une forme de jeu primaire très prisé des militaires et plus largement, dans sa forme plus générale, assez répandu hors du Net. La diversité et la valeur des enjeux - position sociale (donc zone du pouvoir), mutilations physiques (à ne pas accepter - surtout la castration- dans une partie de Duke 3D avec notre rédac-chef-aux-réflexes-d'acier.) et j'en passe... - révèle la complexité et la cohérence de l'analyse que Banks fait du modèle jeu-enjeu que nous connaissons bien. L'issue de la confrontation est à la discrétion du romancier, mais que la structure ludique de la Culture est forte et bien construite ! A la fin du livre, le lecteur accepte la défaite aux dames avec un grand sourire, même contre un être inférieur (enfant ou adjudant), convaincu que le ludique - comme l'esthétique - fait partie de ces principes qui, loin de donner sens, donnent le plaisir et c'est sans doute la même chose.
 
EM
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