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Eric-Emmanuel
Schmitt est un auteur dramatique renommé. Ses pièces,
Le Visiteur par exemple, nous offrent des dialogues d'une
intelligence rare. Elles mêlent l'humour à l'émotion,
avec un sens aigu de la répartie :
"On entend
alors [...] les chants d'un groupe de nazis.
Freud s'éloigne instinctivement de la fenêtre.
(Pour lui-même) Si au moins ils chantaient mal...".
Je ne sais pas
ce qui a poussé Eric-Emmanuel Schmitt à écrire
ce r..., cette p.., euh, ce livre ? On ne peut pas appeler ça
un roman, ni une pièce. C'est une histoire que tout le monde
connaît, le Nouveau Testament, la vie de Jésus.
Drôle de thème, non ? Un thème casse-gueule,
que pourtant Eric-Emmanuel Schmitt parvient à traiter avec
une incroyable neutralité.
Le livre est
scindé en deux parties distinctes, voire opposées.
Chronologiquement, elles se complètent. La première
correspond à l'appel du destin que ressent un jeune homme
nommé Yéchoua, sa quête d'amour et de perfection.
Cette hétéro-autobiographie s'arrête au moment
où Yéchoua va devenir Jésus, au moment où
la rumeur colporte ses miracles, lorsque la neutralité de
l'auteur deviendrait intenable.
La deuxième partie, éponyme, permet à l'auteur
de nous raconter la suite de la vie de Jésus. Et jusqu'au
bout, nulle part Eric-Emmanuel Schmitt ne s'engage sur le caractère
divin ou humain de son héros. Pilate est romain, et en bon
Romain, c'est un terrien, cartésien avant l'heure. Pilate
raconte, doute, vérifie, compare, analyse... Il confronte
sa logique aux explications mystiques qui fusent autour de lui.
Le fantastique
se définit comme l'équilibre précaire entre
le merveilleux et l'étrange.
Le merveilleux est un monde où la magie, le mystère
et la religion règnent.
L'étrange survient dans un monde rationnel. Les événements
surprennent mais trouvent finalement une explication logique.
Eric-Emmanuel Schmitt réussit à nous raconter la vie
de Jésus, de sa naissance, jusqu'après sa mort, sans
jamais glisser ni du côté de l'étrange ni du
merveilleux.
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