| |
| Que les choses
soient claires : pour lire ce livre il faut être à la
fois un admirateur inconditionnel du style de Céline mais aussi
un lecteur averti de l'immonde capacité de détestation
de cet auteur et de son antisémitisme répugnant. Les
lettres recueillies par François Gibault sont celles écrites
par Céline à sa femme et à son avocat durant
sa détention au Danemark (où le couple, accompagné
du chat Bébert -véritable personnage de cette misérable
odyssée- se réfugie après la fuite en Allemagne)
en attente d'un règlement diplomatique entre le Danemark et
la France qui réclame l'écrivain pour le juger comme
traître. La situation de Céline est terrible : il est
détenu malade dans un pays dont il ne connaît pas la
langue, les accusations portées contre lui sont lourdes et
les conséquences possibles en cas d'un retour en France dans
cette période d'épuration sont funestes. Grâce
au rigoureux éclairage de François Gibault, le lecteur
peut mesurer la pertinence des charges pesant contre Céline
et la qualité de la défense de celui-ci. Mais cette
problématique est celle des historiens, ce qui reste de cette
correspondance c'est cet homme traqué, enfoui dans son ignominieuse
rhétorique, rempli d'une haine exacerbée par sa maladie
et sa détention, son style s'effile dans sa solitude. Les éclairs
de tendresse pour sa femme et son chat sont quelquefois bouleversants
- mis à part deux lettres d'une méchanceté qui
confine à la folie. Mais l'on ne peut se concentrer sur cette
littérature que si l'on a l'estomac bien accroché et
si l'on sait ce qu'était l'antisémitisme de Céline
car il est dans ses lettres proprement abject. Je vous passe les détails,
ne lisez ce livre qu'en connaissance de cause, comme on cherche à
comprendre la maladie d'un génie. |
| |
| EM |
|