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Oui, bien
sûr, vous n'êtes pas les premiers à me le dire. Déjà quand je vous
ai parlé de Fiat, certains esprits chagrins m'ont fait remarqué
que, peut-être, j'étais allé un peu loin. Des voix sont se sont
élevées pour me demander si par hasard je ne serais pas profondément
négatif... Eh bien c'est faux ! Il y a quand même des choses que
j'aime beaucoup et dont je vous parlerai un des ces jours. Mais
pas aujourd'hui. Parce qu'aujourd'hui je vous parlerai de B. Werber
et de son dernier bouquin. Bien qu'en fait je ne sois pas sûr que
ce soit le dernier car il est sorti depuis quelque temps déjà. En
tout cas, s'il en a refait un autre depuis, personne n'en a parlé.
Ce qui n'est que justice...
Werber, vous
le connaissez sans doute. Un petit gars propre sur lui, une trentaine
d'années ; le résultat d'un mélange de Karl Zéro et de Jacques Attali,
en plus gentillet, moins intelligent. Accessoirement, c'est aussi
le gars qui nous a pondu Les Fourmis et la suite, Le
Jour des Fourmis, qui sont deux livres réellement très bien,
le genre de bouquin qui vous tient en haleine la nuit durant. D'ailleurs
ils lui ont valu un succès gigantesque : on l'a vu partout et lui
et son éditeur ont dû se faire des couilles en or (ça fait des années
que je cherche à placer cette expression !). Notre ami s'est donc
cru obligé d'exploiter le filon en nous sortant un album B.D. et
un ouvrage grand format, sorte d'encyclopédie délirante dont l'idée
est tirée de son premier ouvrage ; enfin, on nous annonce un film
en préparation...
Tout cela est
bel et bon, si Werber a besoin de fric... Mais voilà que notre homme
continue à écrire... Son troisième roman s'appelle donc Les
Thanatonautes et, sans erreur, on peut dire qu'il est raté.
Les Thanatonautes,
je ne sais comment vous dire... Voilà ! C'est un peu comme une branlette
ratée ! On s'épuise, on se fatigue, on attend et rien n'en sort,
si ce n'est une bonne dose de frustration.
L'idée est
toute simple, en gros celle de L'expérience interdite, un
film sorti il y a une paire d'années : un groupe d'allumés décide
d'explorer la mort, "la nouvelle frontière réservée à l'esprit humain"
(ce n'est là hélas que le premier élément d'une incroyable et interminable
accumulation de clichés dont Werber va nous abreuver tout au long
de son ouvrage). Le détonateur est une expérience de "voyage extra-corporel"
que le président français effectue après un attentat. Il décide
donc de lancer une série d'expériences que mèneront à bien nos héros
avec l'aide de condamnés de droit commun.
Nos héros sont trois : un savant plus ou moins cinglé (plutôt plus que moins) qui s'intéresse à la mort depuis sa plus tendre enfance, le narrateur qui est par la même occasion son copain, d'enfance justement, et l'indispensable élément féminin, une pétasse bien roulée (au moins, dans ses premiers romans, Werber ne nous imposait pas la litanie obsédante de ses fantasmes féminins. Il faut dire qu'avec les fourmis...) mais à peu près frigide, puisqu'elle ne parvient à prendre son pied qu'avec les abrutis qui servent de sujets d'expérience aux deux autres tarés et cela juste avant leur grand voyage...
Vous le voyez,
dès le choix des personnages, on est dans la plus grande originalité.
D'ailleurs, c'est fou la façon dont Werber parvient à mêler les
poncifs éculés aux produits de l'imagination la plus échevelée qui
soit. Si le résultat était lisible, on crierait au génie...Le problème,
c'est qu'on sent un peu trop l'influence de ses origines, à cette
histoire.
Je vois très
bien la scène. Bernard est avec ses potes en train de se cuiter
à mort pour oublier la mort de Dudule, sa fourmi préférée. Pour
passer le temps, et aussi parce qu'ils en ont marre de l'entendre
pleurer, ses copains lui demandent de leur raconter une histoire.
"Oh ! Vas-y Bébert, tu racontes tellement bien !" Ils sont
tous saouls. Alors Werber, obnubilé par la perte de sa fourmi, leur
invente un récit abracadabrant où, grâce à l'aide de la technique,
il va au sein du royaume des morts rechercher Dudule. Emerveillés
par tant d'invention ses copains, qui sortent tous d'asile psychiatrique,
s'exclament comme un seul homme : "Quelle invention ! Quel homme
! " (Je sais que c'est nul, mais ça m'a fait bien rire.) Et bien
sûr l'un d'eux lâche l'inévitable : "Tu devrais en faire un livre."
Et il l'a fait!
Mais je m'égare,
reprenons le fil de notre résumé : nos trois idiots commencent donc
à envoyer à tire-larigot de l'autre côté des bonshommes à peine
consentants, genre condamnés à perpétuité à qui on a promis une
remise de peine (voilà encore un truc idiot : à votre avis, ça fait
combien la perpétuité moins dix ans ?). Au début, ils ne reviennent
pas ; ensuite non plus... En fait, il s'écoule un sacré bout de
temps avant qu'il y en ait un qu'ils réussissent à ranimer ; ce
qui fait que le narrateur commence (quand même !!) à se poser des
questions. "Mais finalement, si on va au fond des choses, ce qu'on
fait... est-ce bien moral ?". Le problème c'est que la presse a
vent de l'affaire, qu'une enquête est menée qui aboutit à un procès
où se retrouvent nos trois amis plus le président et le seul hurluberlu
qu'ils ont jusque là réussi à ramener à la vie.
A ce niveau
du récit, l'histoire, qui n'était encore que chiante à mour... euh...
à pleurer (et encore : je vous ai fait grâce de l'enfance du narrateur
et de son pote le savant fou de service, leur combat contre les
méchants à l'école primaire : "Nous deux contre les imbéciles !",
leur découverte de la mort, etc, etc... Quant à l'enfance de la
grognasse, Werber ne nous en dit rien. De toute façon, elle n'avait
aucun intérêt avant la puberté), l'histoire, donc, devient tout
à coup rocambolesque. Le procès est une aberration pure et simple
: plutôt que de se défendre contre l'accusation qui leur est faite
(avoir envoyé des centaines de pauvres types à la mort), nos ahuris
s'emploient à démontrer la réussite de leur expérience ! Un peu
comme si je déclarais au tribunal : "C'est vrai, Monsieur le Président,
j'ai construit ma maison sans permis ni autorisation d'aucune sorte.
Mais vous avez vu : j'ai l'eau chaude à tous les étages !" Toutes
proportions gardées, naturellement.
Vous vous posez
bien entendu la question : comment vont-ils démontrer leur réussite?
Eh bien tout simplement en recommençant ! C'est à dire en re-tuant,
sous les yeux du tribunal, le pauvre connard qu'ils avaient expédié
une fois déjà ad patres ! Pour reprendre ma comparaison,
c'est comme si pour prouver mes dires je me mettais tout d'un coup
à élever un mur en plein tribunal. Parce que tout ça a lieu au beau
milieu du tribunal !!! (Ne jamais lésiner sur les points d'exclamation,
c'est ma devise !!!) Enfin, quand je dis tribunal : l'ensemble est
retransmis en mondovision et le palais de justice lui-même, bourré
de monde, ressemble plus, à en croire la description de Werber,
à une salle de boxe ou de catch un soir de championnat du monde
des lourds. D'ailleurs, après la réussite de leur démonstration,
les accusés sont acquittés par les acclamations de la foule en délire.
Mais ce n'est
là qu'un début ! Forts des témoignages de leur cobaye, qui rapidement
devient un véritable petit V.R.P. de la mort -et accessoirement
l'amant de l'assistante "canon" dont je vous parlais plus haut-,
nos abrutis commencent à dresser une carte du territoire nouvellement
exploré. Et là, une fois de plus je vois se former la question sur
vos lèvres : à quoi ça ressemble la terre des zombis. Ne riez pas
surtout mais, d'après Werber, ça rappelle surtout à un entonnoir
géant ! Un cône gigantesque dans lequel s'engouffrent les âmes des
trépassés. Où vont-elles par la suite, c'est ce que nous allons
découvrir, mais seulement petit à petit. C'est que rien n'est donné
pour rien en ce bas monde ; dans l'autre non plus, d'ailleurs. Et
nos explorateurs vont rapidement s'en apercevoir : le macchab's
land fourmille de dangers !!
Des dangers,
il y en a principalement deux : votre cordon ombilical qui vous
relie à votre corps et vous permet de retourner sur vos... de revenir
une fois le voyage achevé ; ce cordon est très fragile et une fois
rompu, tintin ! vous êtes emportés par le courant et comparaissez
directos devant votre créateur. Quant à la deuxième difficulté,
celle à laquelle nos tarés vont se trouver immédiatement confrontés
ce sont les fameux murs qui séparent chaque nouveau territoire de
l'après-sépulture. Des murs que Werber appelle "Mur de Moloch" (ou
Moch), d'après une antique divinité de la mort, ne cherchez pas
trop loin, la référence m'a l'air plutôt approximative. Chacun de
ces territoires révèle de nouvelles surprises, le premier à découvrir
l'après-Moch 1 sera un ancien aviateur -notre ex-condamné a déjà
fait le grand voyage, je parle du vrai, le définitif, depuis belle
lurette à ce moment là, et l'assistante frigido-nymphomane (Je sais,
ça surprend toujours. Il n'y a que Werber pour en inventer des comme
ça !) s'est déjà consolée dans les bras du nouveau thanatonaute.
Lequel, après le passage de Moch 1, perd immédiatement la raison
et va se murer définitivement chez lui. C'est que dans le premier
territoire de la mort, vous êtes confrontés à vos terreurs les plus
noires et qu'il vous faut les vaincre si vous voulez pouvoir continuer
votre voyage. Les autres territoires sont gratinés aussi, il y en
a sept en tout calqués approximativement sur Le Livre des Morts
de l'Egypte antique ; eh oui ! Werber a des lettres, même s'il ne
sait pas trop qu'en faire.
Parvenu à ce
stade de mon récit, je dois vous avouer que grande est pour moi
la tentation de couper court. Les Thanatonautes, c'est déjà
chiant à lire, mais à résumer je ne vous dis que ça ! Je passerai
donc sur l'exploration successive des terres susnommées. Je passerai
aussi sur l'ouverture des autres "thanatodrômes" à travers le monde
et de la concurrence à laquelle cela donnera lieu, concurrence qui
s'achèvera en véritables batailles rangées regroupant des milliers
de thanatonautes avec d'un coté des Juifs hassidims associés à des
moines tibétains et à des Jésuites, et de l'autre, des moines franciscains
alliés à des derviches-tourneurs et à des membres de la secte musulmane
des haschichims ! Je passerai sur la récupération commerciale du
truc et l'installation de panneaux publicitaires outre-tombe, projetés
par des fakirs télépathes !!! Je passerai sur des tas de choses
encore, comme la récupération in extremis de la toute nouvelle
femme du narrateur -leur rencontre est consternante de banalité-
qui était partie en chute libre à la suite d'une embuscade franciscaine
; ces moines sont fourbes (ne cherchez pas, il n'y a pas de contrepèterie)
! J'en arriverai donc directement, heureux veinards que vous êtes,
à la fin de cet ouvrage ahurissant d'imbécillité. Après avoir franchi
tous les obstacles mis sur leur route, nos trois bêtas se trouvent
en présence non pas de Dieu le Père, Werber manque d'envergure pour
cela, mais de ses anges qui leur expliquent le fonctionnement du
machin, le cycle des réincarnations et tout le reste ; encore de
la mythologie au petit pied et de l'histoire des religions, mal
digérée si vous voulez mon avis.
Enfin, le bouquin
se termine sur une queue de poisson, une puissance immanente quelconque
décidant de mettre le holà en faisant périr tous nos joyeux voyageurs
dans un accident bien pratique, ma foi, et en frappant d'amnésie
la population du globe tout entier. Voilà donc nos amis refaisant
le chemin tant de fois parcouru pour se retrouver face au dernier
portail, pour rencontrer quoi, je ne sais plus, j'ai oublié mais
c'était encore un cliché. Une grande lumière ? Ouais ! Mettons une
grande lumière et puis c'est tout.
Voilà. Ce sera
tout pour moi aussi. Je ne vous cacherai pas que j'avais eu l'intention
après cela d'écrire une grande charge, un réquisitoire exemplaire
contre ce bouquin. Après réflexion, il m'est apparu que le résumer
suffirait amplement.
Enfin ! Si vous
désirez une bonne lecture, plongez-vous dans Wladimir Roubaïev
de Serge Lentz, ou dans Texaco de Patrick Chamoiseau, mais
de grâce ! évitez les déjections de l'autre taré.
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