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| Il y a deux types
de voyage. Il y a les expéditions, qui traversent des villes et des
pays comme on établit des records, qui criblent de flashs des monuments
décapités, cachés derrière des bras et des jambes rougeaudes sous
des shorts et des maillots suants. Et il y a les voyages lents, hors-saison,
si lents que l'on finit lorsqu'on les pratique par s'inquiéter des
débarquements de touristes qui, quelques jours ou quelques semaines
plus tôt, étaient encore nos concitoyens. Jean-Claude Guillebaud préfère
ces voyages-ci. A l'ancienne, pourrait-on presque dire. Des voyages
avec Paul Morand. Ses carnets de notes sont courts et ne s'encombrent
pas de mille adresses qui se font concurrence et affichent dès l'entrée
le logo fétiche qui rassurera le touriste. Ils sont courts, parce
qu'ils ne visent qu'une seule chose : traduire l'esprit du lieu. Cette
atmosphère qui résume un pays ou une ville. Cette odeur qu'on ignore
sur le coup, mais qui se répand hors de nos bagages sitôt de retour.
Cette lumière enfin, qui marque la rétine et rejaillit quand, après
plusieurs années, on se souvient… Ils sont courts, car ce sont des
fulgurances synthétiques, jaillies d'une église, d'une rue ou d'un
restaurant. Ils sont courts, et c'est tant mieux : ainsi ils tiennent
dans la poche, et font d'un simple touriste un frère venu de loin
saluer sa famille à l'étranger, découvrir émerveillé son cadre de
vie. Et de retour chez lui, poser un regard neuf donc essentiel sur
son propre univers. A bon voyageur… |
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| BP |
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