Les lettres de Capri Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Mario Soldati - Editions Autrement
 
L'étude précise des tourments de l'âme amoureuse atteint un sommet avec Mario Soldati, topographe du désir et de l'amour. Comment, à la lecture première de ce roman, ne pas se sentir solidaire de la déchéance de Harry, de cette déchéance de l'amour que représente l'hésitation, le compromis, la lâcheté des sentiments ? Le dépit, la jalousie, les mouvements désordonnés d'un coeur que l'on croit soumettre à l'objectivité de la raison dès que l'on se trouve seul et qui obéit pourtant à des lois étranges, étrangères, presque barbares en présence de l'être aimé. Comment ne pas être sensible, à la deuxième lecture (celle de la raison ? Ou de l'analyse ?) à la déchéance de Jane, à la symétrie de la construction qui témoigne de l'universalité des désordres amoureux, de l'identique soumission des sexes aux errements d'un esprit déréglé par le désir d'amour (et non pas par le désir tout court) ? Comment ne pas souffrir de ces lettres de Capri que nous avons nous aussi parfois écrites, ou parfois lues ? Peut-être en laissant Mario Soldati placer le garde-fou de son écriture serré et nerveuse, excluant l'aspect tragique, entre ses personnages si proches de nous et nos pauvres coeurs parfois durement éprouvés (un peu d'auto-apitoiement, comme Harry), et surtout nos consciences, dont la morale élastique nous permet de trouver au bout du compte un grand plaisir à lire ce roman.
 
PmM
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