Les fils des ténèbres Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Dan Simmons - Albin Michel
 
Dan Simmons nous a habitués à offrir deux visages, comme un Docteur Jekyll et Mister Hyde de la littérature fantastique et de science-fiction. D'un côté, le subtil et inventif auteur des Cantos d'Hypérion et, lorsqu'il absorbe je ne sais quel breuvage visiblement nocif, le terrifiant enfileur de clichés des Feux de l'Eden.
Comment quelqu'un peut-il si habilement manier les mythes de la poésie et de la religion jusqu'à créer un nouveau questionnement religieux dans sa série phare et en même temps essayer d'expliquer lamentablement les mythes transylvaniens par un charabia médical dans Les fils des ténèbres ? Son livre reprend et explique la mythologie des vampires par une malformation génétique qui forcerait ses victimes à boire du sang pour régénérer leur système immunitaire. De là une aventure rocambolesque mettant en scène une femme médecin naïve mais tenace, un prêtre défroqué ex-marine du Vietnam, un crétin d'alpiniste heureusement zigouillé au tiers du livre et des vampires surpuissants tirant les ficelles d'une société roumaine en décomposition (oui, je sais, ça paraît stupide tout ça. Ca l'est). L'intrigue n'est qu'un prétexte à une incroyable variété de clichés sur les non-Américains au sens large et sur les habitants d'Europe de l'est en particulier. Les descriptions de la société roumaine, des Tsiganes et des Tchèques sont à pleurer de rire si l'on ne se doutait pas qu'elles vont rester dans l'esprit des nombreux lecteurs du bonhomme comme autant de réflexes à la limite du racisme. C'est nauséabond. Et ce déferlement n'a pour but que d'aligner les quelques faits historiques qui permettront de créer un lien articifiel avec la thèse romanesque des vampires comme malades génétiques. Le tout entrecoupé de digressions médicales que l'on sent pompées telles quelles d'un magazine de recherche en médecine. Telles que je vois les choses, Simmons a eu l'idée de ce roman dans la salle d'attente d'un médecin un jour où il venait faire une cure de désintoxication de sa potion magique.
L'intérêt du mythe des vampires, c'est le mythe, pas le vampire : Dan Simmons le saurait s'il était le Docteur Jekyll des Chants d'Hypérion. Mais il a visiblement commis ce thriller lamentable en une journée où, malheureusement pour nous, il s'était transformé en Mister Hyde.
 
PmM
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