L'esclave vieil homme et le molosse Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Patrick Chamoiseau - Folio
 
A l'origine, j'avais prévu de dire du mal du livre d'un autre auteur antillais, dont je sortais tout juste avec un soupir de soulagement. Un polar chiant comme un repas trop épicé dans lequel tout se passe comme si l'auteur, ayant compris que le croisement entre Starsky et Hutch et Columbo allait donner quelque chose d'explosif, avait toutefois commis une légère erreur : c'est le scénario de Columbo et les scènes d'action de Starsky et Hutch qu'il faut copier. Pas l'inverse. Sinon, voilà le résultat. On se retrouve avec un épisode de Derrick aux Antilles.
Mais à quoi bon s'acharner sur les navets ? D'autres le font mieux que moi. Et puis il est préférable de dire une fois du bien d'un bouquin et que personne n'y revienne, plutôt que de se lâcher sur un truc qui vous a fait crever d'ennui et d'être obligé d'en parler pendant quatre ans et plus (je dis ça pour ceux d'entre vous qui voudraient encore réagir à la critique des Thanatonautes de Werber ; ça va : on a compris que vous n'étiez pas d'accord ... Et puis je ne voudrais pas parler au nom de l'auteur de l'article mais franchement, le connaissant, ça m'étonnerait qu'il s'excuse).
A l'origine donc. A l'origine de cet article, je devais vous parler de L'Esclave vieil homme et le molosse. Aussi éloigné des mesquineries de la critique littéraire que faire se peut. Pur moment de beauté, ce petit ouvrage m'a, d'un coup, réconcilié. Conçu autour d'un scénario simplissime - un esclave, plutôt vieux, court, poursuivi par un gros chien - il est pourtant riche de tant de saveurs, de grondements, d'éclairs somptueux et de nuits qu'on en sort un peu ivre. La langue à elle seule contient toutes les Caraïbes, ce qu'on en connaît, ce qu'on en imagine, ce qu'on en craint : son atmosphère saturée d'humidité, ses forêts farouches, tout ça vous frappe en pleine face, par vagues. Récit de trois peurs et de trois morts, il nous promet à chaque page un dénouement qui n'arrive pas. Et lorsque, pour finir, l'auteur a à ce point achevé son livre qu'il en a même révélé les sources, loin d'être déçu par l'exposition crue des mécanismes de l'histoire, on n'en est que plus admiratif pour ce qui constitue un magnifique exemple d'œuvre inspirée.
 
FXS
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