Les chevaliers de la brune Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Tim Powers - J'ai Lu SF
 
Lire un roman de Tim Powers, c'est s'exposer à être enchanté dans tous les sens du terme. Enchanté, parce que son écriture nerveuse et épique (et la traduction d'Arnaud Mousnier- Lompré...) donne vie et véracité à son récit. Enchanté, parce qu'il arrive à rendre crédible une intrigue et des scénarios qui sembleraient faibles et rebattus si on les énonçaient à haute voix. Exemple : si je vous dis que Les chevaliers de la Brune traite de la réincarnation d'Arthur et de Merlin pour combattre l'Orient de Soliman et sauver l'occident du Roi pêcheur, vous pensez à un navet fantasmagorique (du type de Graal de Philip Michaels). Et pourtant, Tim Powers arrive à un roman juste, avec les habiletés d'auteur (c'est pourtant un roman de jeunesse) qui construisent la solidité d'une histoire (exemple : un des personnage côtoyant la réincarnation d'Arthur se prend pour cette réincarnation, parce qu'il a lu les textes annonçant cette réincarnation. Avec d'autres éléments, cela construit un faisceau d'indices qui nous amènent à ne plus douter une seconde de l'existence de ces textes). L'entremêlement de faits réels et de faits inventés est assez réussi - moins cependant que dans Le poids de son regard - et c'est le procédé narratif que Tim Powers utilise le plus pour rendre crédible son histoire. Le roman souffre cependant de faiblesses importantes : la trame de l'histoire est solidement charpentée par l'imbrication de légendes et de réalités, mais les développements des différentes parties sont déséquilibrés. Les deux tiers du livre sont consacrés à l'attente d'une événement s'inscrivant dans une tactique générale, et cet événement est ensuite pratiquement occulté par les histoires parallèles des personnages. L'exploitation du fond de l'histoire (la tentative de conquête de Vienne par Soliman) est bâclée dans la fin de l'ouvrage. Les histoires personnelles des personnages prennent souvent le dessus (ce qui est normal) sans parvenir à donner de la substance à la trame générale de l'action (ce qui l'est moins). D'autres maladresses parsèment le texte : l'intrusion des vikings est assez peu réaliste, surtout parce qu'ils sont décrits alternativement comme de vieux guerriers décrépits et comme des bons vivants guerroyeurs. Mais je l'ai dit plus haut, Tim Powers arrive tout de même à nous enchanter : après tout, il est peut-être l'ultime réincarnation de Merlin.
 
PmM
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