| Pierre Bordage
est un auteur important dans le paysage de la science-fiction française,
parce qu'il produit beaucoup d'ouvrages, et qu'il les produit avec
un variété de sujets et une très bonne facture.
Cependant, j'avais déjà dit dans ces colonnes que
je trouvais dommage que ses choix de narration, ou de méthode
d'écriture pour être plus précis, lui servent
principalement à esquiver les problèmes posés
par ses propres scénarios : ses recours de plus en récurrents
aux astuces magiques et religieuses sont assez déplorables
parce qu'elles ne permettent que de masquer les faiblesses de ses
constructions, par exemple pour sortir d'une impasse par une pirouette
d'écrivain. Cela n'est pas rédhibitoire pour apprécier
ses livres, mais je trouve que cela atténue le plaisir que
l'on ressent quand on se laisse porter par ses aventures initiatiques
ou ses space-opéras inventifs.
Ces recours
à de tels artifices me semblent être de plus en plus
nombreux : de la formidable série issue de Terra Mater
aux Fables de l'Humpur qui finit en queue de poisson, je
trouve qu'il n'y a pas de progression, mais plutôt une dégradation.
Wang et Abzalon sont les illustrations de cette
dualité : idées et génie narratif gâchés
par des enfilades de clichés et par des pseudo-philosophies
simplistes et dénuées d'intérêt. Les
chemins de Damas clôturent le cycle démarré
par L'Evangile du Serpent, et je crois que cette série
marque un point culminant dans les prétentions - il faut
bien les appeler ainsi - philosophico-spirituelles de Bordage. C'est
navrant, parce que ce développement mystique se fait au détriment
de la narration et du scénario. C'est navrant, parce que
Bordage a la classe et la talent d'un conteur comme Jack Vance,
mais que se prendre au sérieux n'a jamais réussi à
un auteur de SF ; là où Vance a su garder une distance
et gagner en maturité, Bordage régresse vers l'adolescence
de la pensée. |