Les belles endormies Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Kawabata Yasunari
 

Mon petit Littré reste sec (hum !) sur le mot érotisme : "... qui appartient ou se rapporte à l'amour". Pas très bandant, tout ça. Bien-sûr, il y a Eros, le dieu éponyme de l'amour. Mais depuis l'antiquité, voire depuis le siècle de Littré, l'érotisme a pris un sens différent, si ce n'est opposé. Ou peut-être est-ce notre société occidentale qui a longtemps défendu un érotisme pur, amoureux et le confond maintenant de plus en plus avec la sensualité. L'amour n'est plus du tout nécessaire à l'érotisme. Mais attention ! Le mot continue sa dérive vers le sexe (voir un film érotique !), et là je dis non ! et je tape très fort ma souris sur mon bureau...

L'érotisme se situe à mi-chemin entre l'amour et le sexe, dans un fragile équilibre entre les sentiments et les sens. La difficulté et la beauté de l'érotisme consistent à rester sur cette frontière, sans glisser ni dans l'amour, ni dans le sexe (warf, warf... Désolé).

Seul Kawabata est parvenu à maintenir cet équilibre précaire. Les Belles Endormies relate cinq nuits d'un homme de soixante-cinq ans. M. Egushi fréquente une maison particulière dans laquelle des "clients de tout repos" (i.e. qui ne sont plus tout à fait des hommes, enfin, vous voyez,... quoi...) passent la nuit dans le lit d'une jeune fille qui "dort d'un sommeil de mort" grâce à de puissants sommifères. Egushi peut les toucher, les caresser, les sentir, mais la stricte loi de la maison lui interdit d'aller plus loin. Il n'a pas le temps d'aimer ces filles qu'il ne revoit plus après son réveil. Il se maintient donc à cette frontière érotique. Il se demande s'il aime ces filles, et s'il peut leur faire l'amour. Mais il ne fait ni l'un ni l'autre. Ces nuits sont érotiques, mélanges de désir, de retenue et de frustration.
Ce roman est aussi un jeu subtil entre la beauté et la mort. Les jeunes filles paraissent mortes. Allongé à leur côté, le viellard connaît pour la dernière fois une certaine puissance: celle d'être vivant. Contraste total entre ces viellards proches de la mort et ces filles dont la beauté crie leur vitalité.
Bandant.

 
LN
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