Le Rivage des Syrtes Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Julien Gracq - Ed. René Corti
 
Ce qui frappe, chez Gracq, c'est la linéarité de l'histoire. Tout semble enlisé dans une attente, mais non, on sait où l'on va (à l'inévitable catastrophe) et le fil des événements se déroule, rigoureusement.
Au cours de cette journée où je n'ai pensé à rien, le souvenir net du livre de Gracq, que j'avais fini de lire il y a quatre jours, son récit rectiligne, s'est imposé à moi : les chapitres qui se succèdent en étapes claires, les coupes franches, toute cette masse pleine et dense de littérature, ce lieu…
C'est nous qui construisons, grâce à la puissante évocation du récit de Gracq, nos propres digressions, nos récits secondaires et parallèles. Le roman provoque perpétuellement des effets de miroir : on pense successivement à tel contexte historique, telle situation personnelle…
Le Rivage des Syrtes est une fable extraordinaire… Il y a quelque chose dans ce livre qui fait un bien fou, qui fait que l'on respire mieux : la hauteur de vue de Julien Gracq ; la volonté non pas de comprendre ce qui nous dépasse, mais plus modestement, ou plus intelligemment sans doute, d'évoquer cet au-delà de notre existence, ce quelque chose que l'on pourrait appeler notre destin.
La question du sens, en définitive, passe au deuxième plan ; cette chose que l'on juge essentielle, la raison, le pourquoi, est mesquine ; c'est une ratiocination d'esprit étriqué, une aporie intellectuelle, face au spectaculaire déploiement de puissance que manifestent les événements.
Après avoir lu Le Rivage des Syrtes, on se défait difficilement de l'idée qu'il est inutile et même ridicule de se débattre ; s'il faut lutter, dans nos existences individuelles, c'est surtout contre l'ennuyeuse reconnaissance quotidienne de notre propre rôle, que nous continuons à jouer jusqu'à l'écœurement.
On pourrait dire : le livre de Gracq est l'histoire d'un destin tragique. On n'aurait rien dit. Un destin est toujours tragique, la vie mortelle, l'homme vieillit, etc. On croit calculer mais il n'y a pas de calcul. On peut parfois l'accepter et vivre les yeux ouverts.
 
DH
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