Le football, c'est la guerre poursuivie par d'autres moyens Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
de Pierre Bourgeade - NRF
 
Voilà un livre qui vous renvoient à une époque glaciale dont le souvenir pourtant fut rapide à s'estomper. Bien entendu cela dépend de votre âge, mais pour ceux qui comme moi ont vu tomber le mur de Berlin quand ils étaient adolescents, la lecture de ces pages dont l'action principale se situe entre les deux Allemagnes vous replonge dans un bain d'émotions beaucoup plus ressenties que réfléchies. Et l'on peine parfois à se remémorer combien alors nous semblait normale la séparation entre la république fédérale et la république démocratique, et comment nous envisagions ces deux pays qui nous le sentions bien n'en faisait qu'un. La perception de ces deux pays était essentiellement basée sur la "punition" de la séparation imposée par la défaite, et donc sur le symbolisme idéologique de cette séparation ceoncrétisée par le mur de Berlin. Et si l'on entendait parler des Allemagnes dans les médias, c'était avant tout comme le terrain de jeux de la guerre froide, et aussi, il faut bien le dire, à cause des histoires rigolotes sur les nageuses est-allemandes. Alors, il était pratiquement impossible de comprendre les relations qui unissaient le paradis autoritaire des travailleurs et la démocratie inégalitaire de l'Ouest, écrasés tout deux par le poids de leurs tuteurs à peine légaux. La seule chose de sûre, c'est le que le petit jeux des barbouzes tournait à plein rendement. Et c'est justement une histoire de barbouzes que propose le livre de Pierre Bourgeade, contée sur un ton froid et anatomique qui contribue à vous renvoyer à l'atmosphère de ces années terribles. Le sujet du sport comme enjeu politique (ou ici comme moyen politique) est le juste reflet de cette période où le triomphe sportif était censé corroborer un triomphe social. L'évocation du milieu du football d'entreprise et des petites divisions de semi-amateurs rend le récit encore plus dense, plus glacial, plus en phase avec la lutte sourde et cachée des espions.
On a froid quand on quitte ce livre, et l'on est bien content que le mur soit tombé.
 
PmM
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