Le conformiste Retour à la page précédente Retour au sommaire de KaFkaïens Magazine
d'Alberto Moravia - GF
 
La parabole est un peu lourde, le style s'embourbe dans le schéma thèse / explicitation / démonstration / conclusion. Moravia s'efforce de montrer comment le conformisme peut mener au fascisme. Robert Merle avait tenté de s'insérer dans la logique d'un Rudolph Hess (appelé Rudolph Lang) dans La mort est mon métier. La description d'un bureaucrate acharné de perfection et de méthode confinait parfois avec une certaine complaisance: on va quand même pas chialer sur la destinée de Rudolph, merde. Ici, Moravia nous montre comment l'absence de Loi sauf celle émanant d'un groupuscule de décérébrés notoires peut conduire au fascisme. Sa thèse est critiquable. Mais ce bouquin n'est pas un essai et mérite d'être réhabilité.
Marcello, issu d'une famille en pleine déliquescence, prend conscience de son "anormalité": jouissance dans la mise à mort, penchants homosexuels... Il a peur et tente de ressembler à ce qu'il pense être l'"homme normal". Il adhère au fascisme, obéit aux ordres, rentre dans les services spéciaux de la police politique, trahit un de ces anciens professeurs de philosophie réfugié à Paris pour organiser la résistance.
Moravia nous offre quelques pages terribles: un garçonnet tiraillé par de sombres pulsions, tueur de lézards et de chat, jouisseur de rien, conscience marécageuse un peu désespérante. L'intérêt du bouquin, c'est de plonger le lecteur dans une conscience noirâtre, verdâtre, "vomiâtre" dont les exhailaisons puantes font étrangement penser aux odeurs souffrées de nos propres aisselles que nous décollons chaque matin dans un grand geste de soulagement. La lâcheté et l'absurdité du conformisme de Marcello résonnent dans les cavités reculées de nos profondeurs pas très catholiques, échos aux désirs diffus d'ordre et de clarté, aux combats contre les petits titillements pulsionnels qui agitent nos cervelles débiles. Le lecteur plonge dans des ténèbres qui peuvent être les siens. Un bouquin où on se purge bien. Attention aux petits gestes "marcelliens": ranger ses chaussons symétriquement dans le prolongement de la table de nuit, elle-même bien calée dans l'angle opposé au petit meuble où l'on range sa brosse à dent...
Quant à Julie , la femme de Marcello, certes détestable sous certains aspects, elle a une poitrine abondante et adore faire l'amour avec fraîcheur.
A noter enfin que Bertolucci à réussi à en faire un film meilleur que le bouquin. Avec un Trintignant exceptionnel.
 
RH
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