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Parler de la
Mort n'est rien ; évoquer la vieillesse sans pontifier est
bien plus difficile. Et si l'on triche sur l'âge des vieux
comme le font sans vergogne la plupart des auteurs, si l'on pare
de cheveux blancs des héros survoltés capables de
milles prouesses (tout le monde n'est pas Théodore Monod),
on passe à coté d'un humour noir dont la vertu première
est de nous réconforter : les inconvénients, les tragédies
de la vieillesse n'ont pas à être cachées, car
on peut rire et s'émouvoir d'elles comme on rit et l'on s'émeut
de la Mort.
Patrick Rödel illustre avec virtuosité les dégâts
du temps qui passe sur nos pauvres carcasses dans ce recueil de
nouvelles : la mémoire qui flanche, l'obligation du deuil,
la retraite, la solitude, la religion, la vie qui démarre
parfois enfin au seuil de la mort... ses nouvelles sont autant de
petits bijoux drôles, émouvants, étonnants,
voire subversifs.
Les personnages de ces nouvelles sont souvent indistincts, ballottés
par les événements ; mais par un retournement magique
initié par l'écriture précise de l'auteur,
on s'approprie, on s'identifie à la souffrance, à
l'espoir, aux difficultés de ces vieux improbables. On partage
l'inénarrable odyssée du père de Flora en plein
naufrage de la mémoire, on jubile devant les interrogations
spirituelles de cette femme qui perd le sommeil en changeant chaque
mot de sa prière favorite, on apprécie la vie inversée
de ce rentier qui sort de sa retraite pour travailler..
Lisez ces nouvelles...et vous verrez les vieux d'un autre oeil quand
vous les bousculerez en descendant quatre à quatre l'escalier
de votre immeuble.
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