|
Ça fait
des siècles qu'on vous rebat les oreilles avec le Nouveau
Roman et Robbe-Grillet. Evidemment, vous avez eu le choix. Vous
avez lu ou vous n'avez pas lu Robbe-Grillet. Dès lors, vous
avez été classé définitivement. Si vous
faites partie des lecteurs de Robbe-Grillet, je n'ai rien à
vous apprendre, nous nous comprenons.
Si vous avez essayé La Jalousie en vain, si on vous
a dit Dans le Labyrinthe, c'est pire, vous n'avez certainement
pas dû avoir la moindre envie de lire La Reprise. D'autant
que le Nouveau Roman n'est plus tendance depuis longtemps, et que
son auteur, pensez-vous, doit frôler le gâtisme. Peut-être
tout au plus les relents de souffre qui entourent ce roman ont-ils
titillé votre libido, mais, c'est sûr, pas au point
de le lire !
Pour vous, donc, cette critique. La Reprise est le point
d'orgue du Nouveau Roman. Dans sa construction, on y sent la consécration
d'un style qui, jusqu'à présent, semblait plus relever
de l'expérimentation que de l'art. Le caractère froid,
méthodique des romans précédents, leur obscurantisme
volontaire ont cédé la place à une fluidité
totale. Les inventions des romans de Robbe-Grillet trouvent ici
tout naturellement leur place. Les effets de brouillage n'ont plus
rien de gratuit, ils servent l'histoire de façon magistrale.
Tous les autres romans de Robbe-Grillet semblent converger vers
celui-ci, peut-être le dernier, qui du coup, justifie tout
le Nouveau Roman.
La Reprise est certainement le point final, mais aussi, pour
une nouvelle génération de lecteurs, le point d'entrée
dans l'oeuvre de Robbe-Grillet.
|