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Nathalie est
une ophtalmologiste de haut vol qui, accessoirement utilise ses compétences
médicales pour démasquer les faux miracles et autres
contrefaçons religieuses dans la meilleure tradition de la
laïcité militante. Imaginez donc sa surprise à
se voir engagée par le Vatican pour prendre part au procès
de béatification d'un amérindien du temps de la conquête
espagnole. Sur la tunique de celui-ci, conservée dans la cathédrale
de Mexico, s'est miraculeusement imprimée l'image de la Vierge
Marie telle qu'elle lui est apparue. Dans l'il de la Sainte
Vierge, et en accord total avec toutes les lois de l'optique, se reflète
une autre image : le moment où Juan Diego montre sa tunique
à l'évêque du Mexique.
L'Apparition se situerait donc, je suppose, dans la longue
tradition du roman fantastico-philosophique français. Ce n'est
pas obligatoirement en dire du bien : c'est là après
tout un genre où Bernard Werber règne en maître.
Peut-être Didier Van Cauwelaert a-t-il été plus
influencé par Paolo Coehlo que par le maître des Fourmis
mais ce n'est pas là en dire du bien non plus. Certaines des
phrases voire des chapitres entiers de ce roman auraient parfaitement
pu être écrit par le spécialiste brésilien
de la philo pleurnicharde : " Mais si tu es jolie, Nathalie,
son regard est le meilleur des soins de beauté et tu ne veux
plus t'y voir. C'est bête. " Que j'ai aimé la mièvrerie
de ce " C'est bête " ! De même " l'argument
psychologique " et le caractère des différents
personnages sont du plus pur Coehlo dans leur dénuement (que
j'utilise ici comme synonyme de pauvreté abjecte, non de simplicité
artistique).
Ce roman ne va jamais au-delà de l'idée de départ,
l'histoire ne démarre jamais vraiment et n'arrive à
aucune conclusion discernable. Un livre de ce genre devrait se terminer
par le dénouement d'un nud gordien d'intrigues, mêlées
et résolues d'un même coup comme le savait si bien faire
John Irving, ou peut-être par un coup de théâtre,
un retournement dramatique à la Iain Banks, qui remettrait
en cause tout ce que le récit nous avait amené à
croire jusque là, mais Van Cauwelaert manque et de souffle
et d'imagination. Ainsi esquisse-t-il à maintes reprises le
début d'intrigues secondaires et parallèles (les relations
entre Nathalie, son ex-amant et son patron, le père de celui-ci,
la violence endémique à Mexico, les intrigues politiques
dans les coulisses du Vatican et bien d'autres encore) mais à
la fin laisse pendouiller ça et là tous ces fils qui
devraient faire partie d'une trame cohérente. Le retournement
lui-même, ce coup de théâtre qu'il nous fait miroiter
tout au long du livre reste mineur et ne résout rien.
Beaucoup voulant défendre l'Apparition vous diront alors
que la vie, la vie réelle, est ainsi : chaotique à l'image
de Mexico-City, que toutes les intrigues ne se résolvent pas,
que nous n'avons pas toujours la possibilité de prendre une
part active dans ce qui nous arrive. Ne les écoutez surtout
pas : le roman n'est pas la vie ; c'est une histoire avec un début,
un milieu et une fin et il faudrait beaucoup plus de talent et d'ambition
à Van Cauwelaert pour changer cet état de fait.
Il tombe ici dans le piège trop souvent tendu et rarement évité
de ce genre romanesque : les idées dictent le déroulement
du récit. Trop d'écrivains, et surtout hélas
d'écrivains français, ont ainsi oublié que leur
fonction première devrait être de raconter des histoires
et qu'il ne suffit pas d'éviter les clichés les plus
flagrants - ce que Van Cauwelaert ne fait pas toujours - pour pouvoir
prétendre avoir fait preuve d'originalité.
De plus ce " message " qui dicte si clairement, si visiblement
son chemin au récit n'est lui-même jamais clair ni visible
: est-il mystique, anti religieux, anticlérical ou simplement
anti-catholique ? A de certains moments, dans la première partie
du livre surtout, l'auteur semble se faire au travers de son héroïne
le défenseur de ce que j'ai appelé plus haut une certaine
laïcité militante. Mais, si c'est bien là le cas,
pourquoi alors amener cette même héroïne si près
de la conversion ? (Je dis " si près " car en définitive
nous n'apprendrons rien du destin final de cette chère Nathalie,
si creuse et si froide qu'elle ne devient presque antipathique.)
Et tout ceci sans que le récit soit jamais racheté par
une qualité particulière de l'écriture qui, tout
comme l'intrigue reste plate et formulaique. Dans cette optique le
meilleur moment du livre reste l'arrivée de Nathalie à
Mexico. Van Cauwelaert a un talent certains pour le récit de
voyage et sa description du chaos et de la saleté d'une des
villes les plus chaotiques et polluées du monde raffermit pour
un temps l'intérêt vacillant du lecteur. Nathalie, à
qui l'on permet enfin de faire quelque-chose et non plus seulement
de subir ou de se remémorer, nous devient temporairement un
peu plus sympathique. Peut-être se dit-on aux alentours de la
page 100, ce livre va-t-il enfin se décider à aller
quelque part.
Mais c'est là un espoir vite déçu.
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| AS |
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